La Lune et nous

Dimanche 4 février 2007 7 04 /02 /2007 18:33

« […] elle nous renvoie aussi parfois l’image de notre bêtise. »
Jean-Louis Heudier dans Le Livre de la Lune
La tradition est présente depuis longtemps chez les jardiniers, et c’est la presse qui la popularise le mieux en l’habillant des atours de « Bonne Mère Nature ». Les conversations avec les gens proches de la nature en témoignent : la Lune influence les plantations, il faut vérifier sa position et sa phase avant toute entreprise au jardin. Quant aux citadins, dans la plupart des cas il se rangent naïvement aux côtés de ceux qui pratiquent (ceux de la campagne) et qui « savent »…
Pour notre part, habitants des villes ou des champs, curieux mais sceptiques, nous ne nous laisserons pas « conter fleurette ». Si les fleurettes poussent bien sous la Lune, elles nous semblent pourtant bien loin de communiquer avec elle.
Présence et séduction
La Lune scande le temps humain. Elle a longtemps fasciné par son alternance d’apparitions et de disparitions. Sa capacité à se transformer lui avait octroyé autrefois des pouvoirs dans l’imaginaire populaire, par ignorance de ses mécanismes. De nos jours, l’homme a décrypté ses mouvements et ses cycles mais les croyances lunaires sont désormais solidement enracinées dans la culture humaine.
La Lune est aussi l’astre le plus proche et le plus présent de notre ciel. Elle est ainsi propice à une véritable intimité avec l’être humain, nourrissant les rêves des poètes, l’émerveillement des enfants, le plaisir des observateurs. Ainsi, aucun conte pour enfants n’omettrait d’installer la Lune comme facteur d’apaisement, aucun décor romantique n’oublierait de l’accrocher au firmament. Le double mécanisme, croyance ancienne et intimité chaleureuse, s’il n’en est probablement pas la cause, renforce pourtant la pérennité des comportements irrationnels.
Plus complexe qu’il n’y paraît
Mais en toute objectivité, ce qui caractérise vraiment la Lune, c’est la complexité de ses mouvements, parce qu’elle évolue dans un système à trois corps (Terre-Lune-Soleil).
Ses phases sont les phénomènes les plus apparents et ne sont plus un mystère. Mais elles constituent la part la plus simple à comprendre, puisqu’il s’agit de l’éclairage du Soleil variant selon la position des trois protagonistes.
Le plus complexe, ce sont les perturbations gravitationnelles dues à l’influence de la Terre et du Soleil. La durée de révolution de la Lune autour de la Terre se situe autour de 27 jours, mais les inégalités sont nombreuses et la durée en sera différente selon qu’on la mesure entre deux phases, ou par rapport aux étoiles, ou bien entre deux passages au même noeud[1], ou entre deux passages à son périgée ou apogée[2], ou par rapport au point vernal[3]. Cinq types de révolution cohabitent.
Enfin, la Lune étant un astre massif, presque aussi massif qu’une des lunes de Jupiter[4], et la Terre ralentissant sa rotation (à cause du phénomène des marées), elle cherche à échapper à son emprise et s’éloigne de nous à raison de 2 m par siècle.
Ces inégalités impossibles à appréhender par l’intuition forment un contraste saisissant avec l’évangélisme affiché par les adeptes des influences lunaires. Ils avancent une cohésion des forces de la Terre et du ciel, dont la Lune serait messagère, c’est-à-dire un concept simple, global, accessible à tous, mais sans explication, et donc vide. Vu sous cet angle ésotérique, le lien avec le ciel est de peu d’utilité, car ce type de savoir ancestral est fortement erroné.
Un argument qui tombe à l’eau
Leur seul argument un peu concret, c’est la force de gravité. Tout jardinier « lunaire » vous dira que, la force de gravité de la Lune agissant sur les eaux terrestres en provoquant les marées, elle doit aussi être efficiente sur le potager, puisque les plantes sont gorgées d’eau. Pourtant, on peut lui répondre que cette force de gravité est universelle, qu’elle agit tout autant sur la matière solide. Tout objet contenant de l’eau devrait alors déborder, ce qui n’est pas le cas.
Par ailleurs, songeons aux conséquences d’une telle action sur l’eau des plantes ou des êtres vivants, et faisons valoir la réalité : la Lune a beau agir sur les eaux, elle n’a jamais fait, par exemple, grandir nos enfants suivant ses phases, bien que l’organisme du nourrisson soit composé de 75 % d’eau ! La Lune aurait-elle l’amabilité de faire un tri entre les plantes et les humains ?
On peut aussi lui rétorquer que c’est l’action associée de nos deux astres les plus proches qui provoque les marées, comme l’explique Jean-Pierre Verdet dans son dernier livre consacré aux idées reçues (voir bibliographie) : « C’est l’action conjuguée de la Lune et du Soleil qui règle le grand mouvement oscillant des océans, mais le Soleil n’y contribue que pour un tiers. L’attraction luni-solaire déforme l’ensemble de la Terre, la masse d’eau moins visqueuse que la croûte terrestre est plus déformée : certains interprètent ce phénomène en disant que la Lune attire l’eau. Certes, mais elle ne l’attire pas plus que toute masse située dans son champ gravitationnel. »
Si on croit aux influences célestes, on doit donc en déduire que 1/3 des si beaux résultats obtenus au jardin « céleste » est dû au Soleil. Indétectable, l’influence diurne du Soleil sur les plantes ? L’influence lunaire est tout aussi indétectable !
Planète Gaïa
Dans les manuels de jardinage, le langage n’hésite pas à verser dans l’animisme. Pour désigner les rythmes annuel, mensuel, quotidien, un manuel de jardinage (avec la Lune) édité chez Rustica[5] parle de « respiration ». On peut y lire : « La Terre respire selon trois rythmes : une respiration annuelle conduite par le Soleil ; une respiration mensuelle rythmée par la Lune ; une respiration quotidienne, celle de jour et de la nuit. »
On est loin de la respiration de la Terre dont peuvent parler les agriculteurs quand ils font référence au labourage ou à toute activité d’aération de la Terre comme bêcher ou biner. Si la métaphore de la respiration se fait outil pédagogique pour ces agriculteurs, ici elle se déguise insidieusement en aménageant une fusion entre le constat (rythmes relevant de la mécanique céleste) et l’idée de vie. La Terre « respire » et ce sont d’autres astres, Lune et Soleil, qui commandent ce phénomène ! Vous voilà offert sur un plateau le culte de la Terre comme planète vivante et palpitante, Gaïa. En témoigne ce passage dans ce même manuel: « Puis, entre midi et 15 heures, un silence se fait. La terre s’intériorise à nouveau, les forces descendent vers les racines. »
Mais la dérive ne s’arrête pas là. La Lune  est aussi une capricieuse : elle a ses interdits. À certains moments du cycle lunaire, c’est-à-dire au passage de la Lune aux nœuds (voir note 1), le jardinier doit suspendre tout semis. Pourquoi ? Nul ne le sait. Les manuels édictent l’interdit sans autre forme d’explication. Et s’il prenait au jardinier l’audace de passer outre ? Ses semis seraient stériles ! Vous voilà prévenus : on ne badine pas avec la Lune.
Des noms révélateurs

Prenez une carte de la Lune et regardez les larges formations grises qui apparaissent, appelées « mers » (et qui sont en réalité des dépressions remplies de basalte, d’où leur aspect gris foncé). Sur la partie droite de l’astre, qui correspond à la première éclairée en période de Lune croissante, les mers portent les doux noms de « Mer de la Sérénité », « Mer de la Fécondité », « Mer du Nectar ». Sur la partie gauche, qui correspond à la partie éclairée en période de Lune décroissante, elles portent les noms effrayants de « Mer des Nuages », « Mer des Humeurs », « Océan des Tempêtes ».  Ces noms du XVIIe siècle, conservés par tradition, révèlent que la Lune croissante était une Lune positive, et la Lune décroissante négative. On retrouve ces croyances aujourd’hui dans les pratiques du jardinage. Les plantes nobles, dont on consomme les feuilles, doivent être semées en Lune croissante, et les plantes moins nobles, sans doute plus « archaïques », dont on consomme les racines, en Lune décroissante. Le ciel tout entier est marqué de symbolisme dans ses appellations. Mais il n’y a que les astrologues pour prendre ces noms pour argent comptant et faire croire à leur véracité.

Influence météo et Lune Rousse
Le jardinage en fonction des phases lunaires est tout empirique. Or il est soumis à de nombreuses autres influences, souvent oubliées au profit de la Lune, comme l’état du sol, l’exposition, les conditions atmosphériques, qui sont les vraies influences déterminantes pour la croissance potagère. Si ces influences correspondent à un certaine phase de la Lune, ce n’est que fortuit.
La Lune prend d’ailleurs des allures différentes selon la météo, ce qui peut être un guide pour connaître l’état de l’air. Le meilleur exemple en est la Lune rousse. La pleine Lune de fin avril-début mai intervient alors que les journées peuvent déjà être chaudes et les gelées matinales fréquentes. C’est le contraste de température entre la journée et la nuit, et non la Lune elle-même, qui brûle les jeunes plants.
La pleine Lune apparaît alors un peu rougeoyante grâce à l’atmosphère surchargée qui joue le rôle de filtre. Ses molécules absorbent le bleu et le vert, mais laissent passer le rouge. La pleine Lune est d’ailleurs rouge ou rousse à chaque fois que l’atmosphère est saturée de poussières, d’humidité, ou de turbulence de chaleur (en été), en particulier à son lever, car les rayons lumineux très obliques ont alors la partie la plus longue de l’atmosphère à traverser : l’horizon.
Une alliance efficace
Le jardinage avec la Lune assure son succès grâce à une alliance entre trois concepts : le concept du Tout (l’univers) auquel nous serions liés, l’influence astrale, et le culte de Bonne Mère Nature. Cette pratique a encore de beaux jours devant elle grâce à une forme d’écologie « douce-rêveuse » très en vogue dont le credo est de renouer des liens perdus. Saurons-nous un jour respecter l’environnement, réfléchir à notre place dans la nature, sans tomber aussitôt dans le mysticisme ?
Bibliographie
·         Atlas de la Lune, éditions Gründ.
·         Le grand atlas de la Lune, Thierry Legault et Serge Brunier, 2004, éd. Larousse.
·         Observer les phases de la Lune, Karine et Jean-Marie Lecleire, éd. Lecleire.
·         L’univers, Jean-Pierre Verdet, collection Idées reçues, 2005, éd. Le cavalier bleu.
·         Dictionnaire de l’astronomie et de l’astronautique, Philippe de la Cotardière, éd. Larousse.
·         Le Livre de la Lune, Jean-Louis Heudier, éd. Z’éditions.
·         Les influences lunaires,  Jean Gunther (SPS 257, rubrique Sornettes sur internet).
 

[1] Les nœuds lunaires sont les deux points d’intersection du plan d’orbite de la Lune avec celui du Soleil (écliptique).
[2] Périgée de la Lune : point de son orbite le plus proche de la Terre. Apogée : point de son orbite le plus éloigné.
[3] Point vernal : sur la sphère céleste, point d’intersection entre l’équateur et l’écliptique, que le Soleil franchit à l’équinoxe de printemps.
[4] La Terre et la Lune sont souvent considérées par les astronomes comme un système de planètes doubles.
[5] 2005 - Jardinez avec la Lune, 120 pages, éditions Rustica
[6] Sur le web, vous en trouverez une à la page :
Article déjà paru dans le numéro  d'octobre 2005 (N° 268) de Science et pseudo-sciences, revue de l'AFIS. Dessin : Agnès Lenoire

 

 

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Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /2007 06:57

L’astrologie nous en promet toujours de belles pour la Pleine Lune. Vous seriez sensé(e)s être plus nerveux, nerveuses, stressé(e)s, insomniaques. Les influences de la Lune sont aussi nombreuses que les personnes qui y souscrivent. Le site internet « doctissimo » vous propose actuellement un article qui démystifie ces prétendues influences : les études faites sur un grand échantillonnage ne montrent aucune corrélation, sauf une seule : les femmes sont plus perturbées par la Pleine Lune que les hommes. Tiens tiens….pourquoi donc ? Bon, je ne suis pas scientifique, mais il n’est  pas difficile de constater autour de soi que beaucoup de femmes y croient… et propagent cette croyance. L’astrologie est une activité à haute teneur en féminité, et l’astrologie lunaire encore plus. Depuis des lustres, on lui a attaché cette essence lunaire (cycles, hystérie, caractère lunatique) ; difficile de s’en débarrasser. Un effet  « lunebo », en quelque sorte !

Pour cette Pleine Lune du 3 mars 2007, vous serez  effectivement un peu plus nerveux, nerveuses, que d’habitude, car vous surveillerez peut-être un très joli phénomène céleste visible par tous et à l’œil nu : une éclipse de Lune. Nous n’avons pas eu d’éclipse de Lune visible en France depuis 2004, et c’est souvent un spectacle flamboyant. Ce soir-là en effet la Lune sera parfaitement alignée avec les deux astres Terre et Soleil. Elle ne fait d’ailleurs rien d’autre à chaque Pleine Lune, mais n’étant pas parfaitement alignée, elle passe au-dessus ou en dessous-de l’ombre terrestre. Le 3 mars, grâce à son alignement parfait sur le plan d’orbite du Soleil, elle  va pénétrer doucement à l’intérieur du cône d’ombre de la Terre à partir de 20h 16min pour son entrée dans la pénombre, puis à partir de 21h 30 pour son entrée dans l’ombre. Sa sortie de l’ombre est à 1h 11 et de la pénombre à 2h 57 (toutes les heures sont en TU, ajoutez une heure).

Si la météo est favorable, vous pourrez alors admirer l’ombre de la terre manger progressivement le globe sélène. La morsure arrondie de cette ombre montre la rotondité de la Terre. Selon la qualité de la couverture atmosphérique à ce moment-là, la Lune se parera de différentes nuances d’orange et de rouge. Elle ne « s’éclipsera pas », au sens littéral, pour nous ; juste pour le Soleil, pour qui elle sera cachée dans l’ombre terrestre.

Pour l’observer il faut regarder au sud-est ; elle sera bien haute dans le ciel ; le phénomène se terminera  au sud-ouest.

Il n’y a plus qu’à surveiller la météo avec un peu d’inquiétude. La météo rendrait-elle aussi nerveux ??

Crédit photo : Jean Guimond (éclipse de 2004), extrait du Le ciel à l'oeil nu en 2007, Guillaume Cannat, éd. Nathan

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Lundi 30 avril 2007 1 30 /04 /2007 06:59

Éclipse de Lune du 7 septembre 2006. Une jolie occasion de voir une Lune rougeoyante !

Photo extraite du site de Guillaume Cannat

Pour bon nombre de jardiniers et cultivateurs, la période serait délicate : au mois finissant d’avril, nous sommes en effet d’après eux en période de Lune Rousse. C’est-à-dire une phase dangereuse pour les jeunes plants qui pointent leur nez en ce printemps encore frileux. Ils vous diront qu’en ces temps incertains,  quand parfois  l’hiver ne veut pas lâcher prise, il faut se fier…à la Lune. La réflexion pourrait surprendre mais elle est si habituelle qu’on n’y prête plus attention. La Lune Rousse serait en effet cette Lune un peu maléfique, apparaissant rougeoyante, qui brûle les pousses d’avril-mai. Elle s’étend d’une nouvelle Lune à une autre, donc sur 29 jours.  Le constat des jardiniers est réel, mais ce qui est pris pour une cause (la Lune brûlant les jeunes plants) est juste une corrélation.  Le phénomène de Lune qui rougeoie est atmosphérique, pas lunaire, et  la  couleur de la Lune est un indicateur.  Le printemps est la saison où des gelées blanches sont possibles. Mais qu’est-ce-qui les favorise ? Un ciel bien dégagé, donc un effet de serre nul, et des petits matins très frais, avec une gelée qui se tient au sol, même si l’air est légèrement au-dessus de zéro. Si la Lune peut être vue, c’est que le ciel est clair, l’air vif et le sol craquant de ce petit givre fragile qui disparaîtra avec les premiers rayons du soleil, mais qui aura eu le temps  de faire des dégâts.  

Pourquoi la Lune est-elle rouge ou orange à ce moment-là ? Sans doute parce qu’elle est vue assez basse sur l’horizon et que la longueur d’onde favorisée par l’épaisseur de l’atmosphère (traversée par l’œil humain au niveau de l’horizon), c’est l’orange. C’est pour cette même raison que le Soleil couchant est orange. Mais il reste toutefois  un mystère : cette Lune n’est orange qu’à son lever. Plus haute dans le ciel, nous ne distinguons plus cette couleur. Cela voudrait dire que cette Lune n’est perçue par les jardiniers qu’au petit matin (puisque c’est le moment des gelées blanches), à son lever ou à son coucher. Mais La lune, au cours de sa lunaison, ne se lève pas, comme nous, chaque matin, et ne se couche pas forcément chaque soir.  Au début de la lunaison du 17 avril 2007 par exemple, elle se lève bien au petit matin les premiers jours, puis chaque matin elle se lève un peu plus tard, et le 25 avril, elle n’apparaît qu’à… midi, pour se coucher à deux heures du matin, loin des petits matins frisquets ! Puis entre le 25 et le 30 elle se fait encore plus attendre, pour ne se lever, les jours de la Pleine Lune, les 2 et 3 mai 2007, qu’en soirée. Et là c’est bien son coucher que l’on verra à l’horizon à l’aube. Mais voyons alors quelle est, sur plusieurs années,  la date de cette Lune Rousse. Est-elle stable ?

La Lune Rousse n’est  pas un phénomène astronomique. Issue de la pure tradition, elle oscille d’avril à mai sans date fixe : sa date dépend de celle de Pâques. Elle commence à la Nouvelle Lune qui suit Pâques et finit à la Nouvelle Lune suivante. Il faut donc revenir à la date de Pâques pour pouvoir la placer. Petit rappel : la date de Pâques est installée le premier dimanche qui suit ou qui coïncide avec la première Pleine Lune après le 21 mars (marquant le début du printemps). Le début du printemps, astronomiquement, n’est pas toujours le 21 mars. Elle peut être le 19 ou le 20. En 2006, c’était le 20 mars. Mais pour le calcul religieux de Pâques, c’est le 21 mars qui sera retenu, quel que soit le calcul astronomique.  Comme c’est un peu le sac de nœuds, reprenons les calendriers sur 2006, 2007, 2008 et voyons où va se placer la lunaison fatale. Il faut d’abord repérer la Pleine Lune qui suit le 21 mars,  placer Pâques le premier dimanche suivant, enfin chercher la date de la nouvelle lune qui va se mettre à la suite de Pâques.

2006 :

 

Pleine Lune : 13 avril

Pâques : dimanche 16 avril

Nouvelle Lune : 27 avril – Début Lune Rousse

Nouvelle Lune : 27 mai – Fin Lune Rousse

2007 :

P. L. : 2 avril

Pâques : dimanche 8 avril

N. L. : 17 avril – Début Lune Rousse

N. L. : 16 mai – Fin Lune Rousse

2008 :

P. L. : 21 mars

Pâques : 23 mars

 

N. L. : 6 avril – Début Lune Rousse

N. L. :  5 mai – Fin Lune Rousse

La Lune Rousse peut donc couvrir une grande période. De début avril (6 avril l’année prochaine), où le risque de gelée matinale est fort,  au 27 mai  (l’année dernière),  où il se révèle peu probable, sauf en région nordique,  les aléas de la météo devraient alerter les jardiniers du peu de pertinence de cette Lune Rousse. La météo et le calendrier sont plus efficaces.

Sachez aussi que, à toutes les saisons, si vous guettez le lever de la Pleine Lune, qui intervient toujours en soirée, vous avez une chance de la voir rougeoyante, surtout si l’air est un peu pollué. Il agit comme un filtre et les orangés sont favorisés. Puis en s’élevant, elle devient éblouissante en lumière blanche. Dans un oculaire de télescope, on est alors obligé  d’ajouter un filtre vert pour adoucir. Contrairement au Soleil, il n’y a pas de danger de brûlure de la rétine, mais c’est plutôt inconfortable.

Lors des éclipses de Lune, elle l’est aussi, rougeoyante (voir la photo), toujours pour ces mêmes raisons de traversée de l’atmosphère et de filtration des longueurs d’ondes.  La Lune a donc maintes occasions d’être rousse. Ce sont de très jolis moments d’observation à l’œil nu !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : La Lune et nous
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Dimanche 20 mai 2007 7 20 /05 /2007 08:13

Le 30 juin 2007, nous aurons une Lune bleue. Ce jour-là, à 1h 04 min. TU, ce sera aussi la Pleine Lune. Cela signifie-t-il que nous la verrons de couleur bleue ? Quelle est l'histoire de ce phénomène ? Pratiquement inconnue chez nous, la Lune bleue navigue, dans les pays anglo-saxons, entre astronomie et folklore, la première ayant curieusement et involontairement alimenté la seconde. Le calendrier lunaire[1]ci-dessous, établi pour juin 2007, vous montre la place des deux Pleines lunes de ce mois. La couleur est celle du livre : rien à voir avec le thème de cet article !

Les gigantesques éruptions de volcans, ainsi que les incendies, comme ceux qui ravagèrent la Suède en 1950 et le Canada en 1951, sont des phénomènes saturant l'atmosphère de particules en suspension. La forte concentration  de ces poussières disperse la lumière rouge beaucoup plus efficacement que la lumière bleue, et donne alors un aspect bleuté aux pleines Lunes qui suivent. L'éruption du Krakatoa en 1883 provoqua des Pleines Lunes bleues pendant près de deux ans. En dehors de ces événements, personne n?a jamais vu de lune réellement bleue.

 

L'expression populaire anglo-saxonne  Once in a blue moon  signifiant  Tous les 36 du mois, usitée depuis 400 ans, montre à quel point l'événement est rarissime. On la trouve pour la première fois  en 1578 dans une petite pièce de Shakespeare appelée « Rede Me and  Be Not Wroth appears » : "If they say the moon is blewe. We must believe that it is true."

Vraie Pleine Lune et fausse couleur (filtre)

L'astronomie connaît aussi la locution blue moon , et la définit comme étant la seconde Pleine Lune d'un mois calendaire. Les Lunes bleues se produisent alors 7 fois tous les 19 ans, à dates variables selon les lieux d'observation, car, bien que la Pleine Lune apparaisse partout en même temps sur terre, il y a quelques variations selon les heures locales. Par exemple la Lune bleue du 30 juin 2007 en Europe (qui suivra la Pleine Lune du 1er juin)  sera « bleue » à l'est de Greenwich, mais la Pleine Lune de l'autre côté de l'Atlantique ayant eu lieu le 1er mai (la veille de notre pleine Lune européenne, à cause du décalage horaire),  la suivante se produira le 31 mai, et ce sera donc celle-là qui recevra le label « bleue » chez eux. Pour les mêmes raisons de fuseaux horaires, la Nouvelle-Zélande n'aura sa Lune bleue que le 30 juillet 2007. Pour plus de détails sur ces calculs, vous pouvez aller voir ici.

À noter que quand février n'a eu aucune Pleine Lune, ce qui fut le cas en 1999, s'impose le phénomène de double Pleine Lune, une en janvier et une en mars. Phénomène exceptionnel puisqu'il se produit trois fois par siècle. Les doubles Pleines Lunes sont fortement corrélées à l'absence de celle de février, seul mois dont le nombre de jours est toujours inférieur à celui d'une révolution synodique de la Lune (29,53 jours entre deux mêmes phases). La fréquence des doubles Lunes bleues est d?environ 4,5 fois par siècle. Fréquence identique pour février  privé de Pleine Lune.

Mais d'où vient cette locution en astronomie ? Pourquoi n'est-elle usitée que dans les pays anglo-saxons ? Dans la revue Sky and Telescope de mars 1999,  Philip Hiscock, archiviste au Memorial University of Newfoundland Folklore and Language Archive, au Canada, publie un article sur la Lune bleue, essaie d'en pister toutes les origines et ne parvient pas à remonter plus loin que de quelques décennies. Avec trois des rédacteurs de Sky and Telescope : Donald Olson, Roger Sinnott et Richard Tresch Feinberg, Philip Hiscock entreprend alors de pousser les investigations plus loin. Leurs recherches les mènent à un Almanach des Fermiers du Maine, qui s'applique à  colorer  de bleu  chaque  troisième Pleine Lune d'une saison qui en a quatre. Ils ont ainsi défriché près de 40 éditions de cet Almanach, et de la douzaine de Lunes bleues mentionnées, aucune n'était la seconde d'un mois ! Vous pouvez lire l'article de Hiscok qui raconte ses recherches sur le site International Planetarium Society.

Image extraite de la banque d’images de la NASA

La constante de l'Almanach, c'est que ses pleines Lunes bleues  tombent toutes un mois avant les équinoxes ou les solstices, parce que leurs méthodes de calcul sont basées sur un mouvement du Soleil à vitesse uniforme, de trajectoire non elliptique, et sur une année qui commence et finit avec l'équinoxe d'hiver. L'Almanach des Fermiers obtenait ainsi quatre saisons de durée égale. Il se trouve que cet Almanach a servi de référence en 1946 pour la réponse à une question d'un lecteur de la revue Sky and Telescope sur la définition de la Lune bleue. Le  rédacteur chargé du courrier des lecteurs, James Hugh Pruett, a  pris comme critère l'édition de l'Almanach de 1937, mais en ajoutant la précision, fatale pour la suite des événements :

« Une année de treize pleines lunes donne onze  mois avec une Pleine Lune chacun et un mois avec deux. C'est la seconde du mois, selon moi, qui fut appelée lune bleue. »

Le « selon moi », pourtant prudent, ne sera pas retenu par l'histoire ! La définition de la Lune bleue, basée sur une interprétation erronée, était née. Elle allait perdurer, diffusée sur les ondes et sur internet, et ne correspondait pas à celle des Fermiers du Maine, quoiqu'en ait dit Pruett. Car la troisième Pleine Lune d'une saison qui en compte quatre ne nécessite pas obligatoirement qu'elle soit la seconde d'un mois. Le compte est bon, mais pas la répartition. Le résultat est que quelques Lunes bleues sont communes  à notre calcul astronomique et au calendrier des Fermiers du Maine, mais pas toutes. En mai 1999, Sky and Telescope publie un rectificatif  et rétablit la véritable histoire de la locution astronomique, issue de leur erreur, quelque cinquante ans plus tôt.

Mais la définition demeure, la poésie a été invitée à entrer en astronomie, grâce à un folklore très ancien, et à s'aligner sur les innombrables autres appellations des Pleines Lunes qu'on trouve de l'autre côté de l'Atlantique : la lune des Foins, des Moissons, de la Chasse. Ce nouveau statut d'une Lune somme toute banale, mais auréolée par la légende, ouvre la porte à de timides incursions dans la magie, comme cette recherche et calcul des dates de Lunes bleues qui tomberont sur Halloween !!

Laissons le dernier mot au fondateur de  la revue Sky  and Telescope, Charles A. Federer, à propos de la récente définition de lune bleue, à laquelle le magazine est lié : « Que la signification calendaire soit nouvelle, je n'y vois aucun mal. Cela met du piment dans les discussions, et cela aide à attirer les gens vers l'astronomie ».

 

Article déjà paru dans Science et pseudo-sciences de l'été 2003, mis à jour et complété pour ce blog le 20 mai 2007.

[1] Guillaume Cannat, Le guide du ciel 2007-2008, éditions amds.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : La Lune et nous
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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /2007 06:23

 

  Calendrier lunaire de mai 2007- Guide du ciel 2006-2007de G. Cannat, éditions Nathan.

 « La preuve que la Lune est habitée, c’est qu’il y a de la lumière. »  Francis Blanche

 

 

Au cours de la longue histoire des relations humaines avec les astres, persiste une image bipolaire, presque constante, celle d’un Soleil bénéfique et d’une Lune maléfique. Ajoutez à cela une image proche de la féminité, versatilité et précarité obligent, ainsi qu’une réputation à maîtriser les eaux, toutes les eaux, et vous avez là un portrait sexiste et vivace de l’astre de nos nuits, véhiculé par les bons soins de l’astrologie.

Dix sept siècles avant Jésus-Christ, fut  écrite la première œuvre littéraire : Enouma Elish, récit de création en Babylonie. La Lune y est présentée comme symbole de devenir et de précarité. Chaque nouvelle Lune est considérée comme une petite mort, et les êtres humains  doivent s’efforcer de conjurer les maléfices, nombreux à cette période.

Lune et Soleil sont souvent nés ensemble, que ce soit à Babylone il y a 3000 ans, au Mexique au XVI e siècle, ou chez les esquimaux qui présentent les deux astres comme frère et sœur. Les esquimaux sont toutefois les seuls à n’avoir pas associé l’image sombre et froide de la Lune à celle de la femme.

De nos jours, en Bretagne, demeure la croyance en une création duale du monde : Dieu a créé le cheval, le Diable a créé l’âne ; Dieu a créé le soleil, le diable a créé la Lune.

Dans le midi, on raconte encore que Dieu avait créé deux soleils et que, lassé de garder un soleil inutile en réserve, il le jeta au ciel et en fit la Lune. La Lune n’est qu’un Soleil raté.

Dans le folklore paysan, la lune est toujours un lieu d’expiations : les grandes taches visibles à l’œil nu sont les images  d’un homme cloué au pilori pour avoir volé du bois ; menace soigneusement entretenue par la religion.

La Lune scande le temps humain, par ses changements de phase, mais aussi par son analogie avec le cycle féminin. Cette analogie, largement exploitée par l’astrologie encore de nos jours, a forgé la croyance que les femmes sont des êtres essentiellement lunaires, et conséquence directe, lunatiques, fantasques. Enfin, non contente d’être maîtresse du temps, la Lune s’octroie la puissance sur les eaux, et pour une fois, cette croyance est issue, non pas de la magie, mais de l’observation des marées. Pourtant, l’origine rationnelle n’empêchera pas la dérive astrologique : la Lune y est censée agir sur les eaux non seulement d’en bas (les océans) mais aussi d’en haut, avec la régulation de la pluviosité. Combien de gens croient encore que la pluie part ou revient au moment de la Nouvelle Lune alors que cette Nouvelle Lune concerne toute la Terre et qu’il est bien évident que le temps ne change pas immédiatement partout à la fois ?

Si la Lune règne sur le devenir, sur la météo, elle doit bien aussi régner, n’ayons pas peur des extrapolations, sur la végétation… Un texte iranien dit que la chaleur de la Lune fait croître les plantes ; dans certaines tribus du Brésil, la Lune est mère des herbes ; en Chine ancienne, on croyait que les herbes poussaient sur la Lune. En nos temps très modernes, on continue donc, avec beaucoup de conviction et d’application, à semer à la nouvelle Lune, dans un désir d’harmonie et de synchronisme avec une Lune « douée d’esprit ».

Toujours aussi maléfique, même au troisième millénaire, on continue de lui attribuer une action destructrice sur les jeunes pousses, qu’elle brûle en prenant son visage diabolique  de « Lune Rousse », lors de la Pleine Lune du mois de mai. Bien sûr, le rapport de cause à effet entre sa couleur et l’effet constaté est pure spéculation. La couleur rousse, ainsi que la gelée qui brûle les jeunes plants, sont toutes deux issues d’une même cause : le printemps et le ciel  clair, générateur de température basse.

En dehors même d’une astrologie officielle, touchant une population très large,  la mythologie de la Lune s’inscrit au sein d’un culte du magique, et se sert des vecteurs les plus populaires ancrés dans les activités humaines vitales, ce qui leur donne force et pérennité : le rôle de la femme, la vie quotidienne, la météo, le travail de la terre. Descartes n’a pas fini de se retourner dans sa tombe, car ces racines fortes et anciennes, en lui donnant une assise culturelle, lui laissent de beaux jours devant elle.

Article déjà publié dans la revue Science et pseudo-sciences de septembre 2001, mis à jour pour ce blog le 17 avril 2007.

Image de la Lune et de la chouette extraite de Gloubiweb

Par Agnès Lenoire - Publié dans : La Lune et nous
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