Culture

Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /2007 14:15

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir ci-dessous un extrait des premières pages du tome 2 de l’Astronomie populaire (Les étoiles et les curiosités du ciel, 1882). Son auteur, Camille Flammarion, nous raconte en introduction un entretien qu’il a mené avec un des lecteurs enthousiastes du premier volume, qui réclame à grands cris la suite de l’histoire…du ciel. Les propos sont exaltés, mais non exagérés, car si l’Astronomie populaire s’était vendue, entre 1879 et 1882, à 30 000 exemplaires, c’est que l’ouvrage avait réellement passionné les foules. On ne peut que s’étonner (et rêver !) aujourd’hui de cet engouement sans limite pour une science. Camille Flammarion serait-il, en 2007, une vedette, en n’étant même pas passé à la Star’ac. ?

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Le lecteur :

-         Eh ! Monsieur ! nous prenez-vous pour des enfants de six ans ? nous faites-vous donc l’injure de croire que nous lisions vos ouvrages par fainéantise et que nous n’ayons pas à cœur de nous instruire le plus possible sur les réalités sublimes de la création, au milieu desquelles la plupart des hommes vivent comme des aveugles ! Non, non ! […] Nous avons soif de science ; nous laissons l’ignorance et ses illusions à ceux qui s’en contentent ; nous laissons les illusions matérielles de la vie, les ambitions de fortune ou d’honneurs d’un jour à ceux que ces petites choses intéressent ; nous leur abandonnons même les faits et gestes du patriotisme de chaque clocher et de la politique de chaque fourmilière ; j’irai même plus loin, et puisque vous paraissez douter de mon enthousiasme, je vous avouerai nettement que, pénétrés du sentiment de l’universel et de l’infini, nous ne sommes plus Français, ni Prussiens, ni Anglais, ni Espagnols, ni Italiens, ni Russes… Vous paraissez étonné ! Mais non, Monsieur, nous ne sommes même plus Européens, pas plus qu’Africains, Asiatiques ou Américains !.. Fourmilières que tout cela ! enfantillages que toutes ces distinctions de drapeaux ! folies que tous ces gouvernements militaires ! infamies que ces boucheries internationales pour lesquelles on élève tous nos fils ! abominables criminels que tous ces chefs d’États et ces crocodiles de diplomates…

Camille Flammarion :

-         Prenez garde ! Monsieur, vous pourriez manquer de respect aux institutions existantes et à l’administration. Si l’on vous entendait !

Le lecteur :

-        Comment ? ai-je prononcé un seul mot dont la logique et la justice ne soient surabondamment démontrées ? Mais, si l’on me poussait à bout, je déclarerais net que je n’ai même pas le patriotisme de la Terre, car la Terre n’est plus pour moi qu’un département du ciel. Non, je ne suis même plus terrestre ; je suis céleste, et je veux désormais connaître le ciel. Vous avez fait de moi, vous avez fait de tous les lecteurs qui vous ont suivi, des êtres célestes.

Portrait de Camille Flammarion extrait de son ouvrage Les étoiles et les curiosités du ciel, éditions C. Marpon et E. Flammarion, 1882. Exemplaire personnel.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Culture
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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /2007 07:11

pile_livres-1.jpg En ces temps de prix littéraires, au-delà des analyses et commentaires sur les ouvrages lauréats, les langues vont bon train sur la valeur suprême de la lecture, et donc du livre. On ne lit pas beaucoup  en France, regardez un peu les statistiques de l’INSEE  pour 2005 et vous constaterez combien les préjugés sont forts. Les jeunes, dans l’opinion publique, perdent le goût de la lecture, et accumulent de ce fait les lacunes scolaires. Or, l’étude de l’INSEE menée en 2005 montre qu’il y a plus de 40-59 ans que de 15-24 ans non lecteurs  (43 % des premiers contre 32 % des seconds n’ont lu aucun livre dans l’année). Toutefois, chez les plus âgés, il y a plus de très gros lecteurs que chez les jeunes (9 % des plus âgés ont lu  plus de deux livres par mois contre 6 % des plus jeunes). Déduction personnelle, corroborée par ce que j’entends autour de moi : la lecture serait source d’enthousiasme ou d’indifférence.  Source de jugements radicaux, rejet ou sacralisation. On entrerait en lecture comme on entre en religion, avec respect et obéissance aux codes en vigueur. Je m’occupe d’une bibliothèque, et quand je « désherbe » les rayonnages, je mets tout dans un  carton et je les propose au public. Puis je jette au papier ce qui n’est pas emporté. Je vois alors des gens, qui ne sont  pas par ailleurs de gros lecteurs, se jeter sur ces rebuts afin qu’ils ne partent pas au pilon. Cela « fait mal au ventre ». « Cela ne se fait pas. ». Bof…  Je choque alors beaucoup de monde en affirmant haut et fort que le livre est une marchandise, et je suis convaincue que la culture pour tous passe par cet état d’esprit : celui d’user et d’abuser du livre, de le faire vivre puis éventuellement mourir. Bien sûr, je sais qu’il existe, et je vis cela moi-même, des attachements particuliers à certains ouvrages qui nous touchent, qu’on garde et regarde jalousement, qu’on empile et qui rassurent, vers lesquels on sait qu’on retournera chercher l’argument, l’histoire, les affects. Mais ce qu’on vit personnellement  ne doit pas devenir un dogme, sous peine de cultiver et faire cultiver un certain goût de l’élitisme. Le livre se multiplie,  et c’est formidable, les productions augmentent, avec leur lot de médiocrité, voire de déchets. Certes. Et alors ? L’abondance plonge les badauds de la lecture que nous sommes dans un bain d’écrit.  Ce que je regrette, c’est que le prix du livre soit si prohibitif et que l’achat d’un ouvrage ne permette plus de se tromper et de l’abandonner lâchement en cours de lecture.  C’est pourtant ce que l’on devrait faire, pour profiter de tous les autres. C’est pourquoi les bibliothèques sont là pour permettre ce papillonnage indispensable, cette faim inassouvie qui se renouvelle ou qui s’exacerbe. On passe d’une déception à une autre puis soudain, c’est le coup de cœur.

Je suis persuadée que le livre ne doit pas avoir de statut privilégié, du moins pas avant d’avoir satisfait son lecteur.  Un statut personnel, en quelque sorte, sur nos étagères préférées, sur nos tables de chevets, dans nos sacs, en tout cas hors lieux de vente. Les prix littéraires remettent la lecture à l’honneur en la médiatisant. On peut critiquer ses méthodes et chaque année, une polémique en naît.  Si la lecture peut tirer un avantage du consumérisme ambiant et de la médiatisation, je ne m’en plaindrais personnellement pas.

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Culture
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Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /2008 07:13

Dico.JPG « Yakamoz » : c’est le plus joli mot du monde, il est turc, et il signifie « reflet de la Lune dans l’eau ». Ce n’est pas moi qui le dis, ce mot est simplement  le gagnant d’un concours  organisé par la revue allemande Kulturaustausch. 2500 vocables issus de 60 pays étaient en compétition. Je trouve que « yakamoz »  est délié et mouvant comme le reflet qu’il exprime. Il a le mérite aussi d’attribuer un seul terme à un phénomène précis. Bien sûr ce concours n’est pas bien objectif, et certains peuvent trouver qu’une phrase remplacerait avantageusement un mot. Mais un concours linguistique de ce type a l’avantage de mettre les langues, nos premiers vecteurs d’apprentissage, à l’honneur.  Elles en ont besoin, car l’image les concurrence sévèrement.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Culture
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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /2008 10:52
220px-Napoleon3_laure_Colonies.jpg On peut lire ici ou des comparaisons de Sarkozy avec Napoléon III, surnommé par Victor Hugo « Napoléon le petit » dans un virulent pamphlet de 1852. Quelques auteurs du net ont pris plaisir à imaginer un entretien journalistique avec Victor Hugo concernant notre président-napoléon, en puisant les réponses dans le fameux pamphlet. On peut s’amuser de la comparaison, de la juxtaposition de traits de caractères et de comportements similaires très troublants. Mais, après le petit plaisir qu’on s’offre quand on n’apprécie pas du tout le président, la curiosité prend le dessus. J’ai trouvé l’ouvrage de V. Hugo sur Gallica. Il m’a semblé que les extraits empruntés, très disparates, isolés de leur contexte politique de l’époque, pouvaient s’appliquer à n’importe quel chef d’état du XXe siècle.  Parmi la montagne de reproches que fait Hugo à Napoléon III, on peut aisément en trouver plusieurs qui s’appliquent à chacun de nos chefs d’état du XXe siècle. Il suffit de lire attentivement le pamphlet et de sélectionner.
Sarkozy n’est pourtant pas le premier à avoir été dépeint comme un dictateur. François Mitterrand, dans un ouvrage de 1964 appelé Le coup d’état permanent, a comparé de Gaulle à Napoléon III par son autoritarisme et sa manipulation de la République. Extrait : « J'ai voté contre la Constitution de 1958 parce qu'elle exprimait un fâcheux contexte politique. De l'auteur d'un coup d'État, il me paraissait vain d'attendre les scrupules d'un légiste. J'apercevais sur la patte blanche que les conjurés victorieux exhibaient la trace mal lavée d'une sale besogne salissante. [...] Je pressentais que la Constitution, au même titre et au même rang que la conspiration, ne serait pour eux qu'une étape dans la voie qu'ils s'étaient tracée. » Si ne figurait l’année 1958, on pourrait y reconnaître Napoléon III, qui passe de président à empereur grâce au coup d’État de 1851. Je me demande si un peu de l’héritage napoléonien – plus ou moins lourdement dosé - ne se retrouve pas dans chacun de nos dirigeants, quelle que soit son obédience politique. Changement de dosage mais pas de nature….
Par ailleurs, dans son pamphlet, Hugo se plaint de la liberté de la presse muselée, dans le Livre deuxième « Le gouvernement », chapitre V : « Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ? ».
Il est vrai que la presse eut à subir un nouveau tour de vis de la part de l’empereur qui interdit Madame Bovary de Flaubert, Les fleurs du mal de Baudelaire, et De l’Allemagne de madame de Staël. Des journaux satiriques disparurent comme La Lune, où officiait le dessinateur Gill, auteur de la première « Anastasie », mégère armée de ciseaux, symbole de la censure. Il fera apparaître sa première Anastasie en 1874. gillanastasie.jpg En 1915 Le canard enchaîné reprendra l’image et y ajoutera un canard enchaîné à qui Anastasie veut couper les ailes. La censure n’a pas attendu Napoléon III pour se déchaîner. C’est Napoléon 1er  qui fut le plus virulent  contre les journaux : il a fait disparaître 60 journaux en 1800 et en a interdit la création de nouveaux. Il installa un « bureau de l’esprit public » relié à la police et devant diriger les journaux parisiens. Une « administration censoriale » surveillait les livres (160 livres saisis entre 1800 et 1810). Dans un numéro spécial  Les dossiers du Canard enchaîné consacré aux « Nouveaux censeurs » (septembre 2007), on peut lire, au chapitre « L’histoire de la censure  à partir du premier coup de ciseaux » : « Question censure, personne n’a fait mieux dans notre beau pays. Derrière lui, les feuilles de chou ne repoussent pas. Napoléon 1er contrôle impérialement imprimeurs, libraires et écrivains. ».
Je suis donc étonnée de la phrase de Hugo, qui semble regretter une liberté perdue… Il est vrai que 3 ans avant le coup d’état, en 1848, une liberté nouvelle était née, accompagnée d’une explosion aussi belle que éphémère de journaux nouveaux (300 en quelques mois). L’embellie fut de courte durée. Napoléon III remit vite les censeurs à la mode. Il faudra attendre 1881 et la loi sur la liberté de la presse pour que le carcan se desserre largement. Et ce n'est qu'après 1881 que la presse libre fut  l’honneur de l’esprit français.
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Illustrations : timbre de Napoléon III sur le site Wikipédia, Anastasie sur le site Encres vagabondes (liens en cliquant sur les images).
Par Agnès Lenoire - Publié dans : Culture
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Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /2008 06:06

  J’ai découvert il y a quelques jours un site qu’on dirait aujourd’hui « participatif »  (puisque le mot est désormais très en vogue et a quasiment remplacé celui de « interactif ») : Contre-feux.com. Un site de débats, où tout un chacun peut s’inscrire et réagir. Pas vraiment nouveau, me direz-vous. Il y a déjà, parmi les plus connus, Agora vox. Oui, mais le contenu de  Contre-feux  est moins dispersé et plus intellectuel.  Les missions des créateurs du site sont clairement explicitées dans un manifeste. Extraits :

« Avec contre-feux.com, nous souhaitons proposer un espace d’analyse et de débat pour mieux comprendre les problématiques essentielles du temps présent, sans parti pris idéologique ou politique. Nous tenterons ainsi de refléter la diversité du paysage intellectuel contemporain, et de placer nos lecteurs au coeur des débats d'actualité. »
Les 3 axes déclinés :

« Proposer des analyses denses et précises dans quatre domaines : politique, économie, international et culture. Les contributions émaneront de spécialistes reconnus et d’internautes. Nous publierons également des pétitions, des opinions, des carnets de voyage et des entretiens avec des acteurs engagés dans la vie intellectuelle et publique.

- Donner un espace d’expression à ceux qui n’ont pas la place qu’ils méritent dans les medias traditionnels, encombrés par les sempiternelles mêmes signatures depuis 25 ans.

- Créer un lieu de débat offrant à chacun la possibilité de réagir à nos articles ou de contribuer au contenu, en nous soumettant un article argumenté. Nous essaierons de produire des débats approfondis de qualité, qui font particulièrement défaut dans notre espace public actuel. »

Allumer des contre-feux faisant face à la déculturation devenait urgent. Allez-y faire un tour !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Culture - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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