Lundi 31 mars 2008 1 31 /03 /2008 07:07

 

Sur le blog de Jean-Michel Abrassart, on peut lire, dans un billet daté du 26 mars 2008, un cas de démystification de hantise. Il s’agissait d’une petite affaire de fantôme ayant eu lieu dans l’Ohio, dans une station-service. Par le vecteur d’une caméra de surveillance on pouvait voir une lueur suivre un automobiliste qui se servait du carburant. Voir photo ci-contre, mais la vidéo est sur Youtube ainsi que sur le blog de Jean-Michel. Le cas a été expliqué : il s’agissait d’un insecte qui se baladait sur l’objectif de la caméra.

 

Cette anecdote me fait penser que La Fontaine avait déjà démystifié ce type de biais cognitif qui donne prise aux interprétations magiques, dans une fable qui raconte comment une souris qui se promène dans un tube de télescope peut faire croire à une lune habitée…

Nous en avons retenu la fameuse phrase devenue maxime : « Quand l’eau courbe un bâton, ma raison le redresse : la raison décide en maîtresse. Â» La formule est percutante et efficace, mais son contexte  est tellement plus pédagogique et plus complet !

Voici donc  le texte intégral de « Un animal dans la lune Â» (fable 18 du livre septième). Vous saurez en apprécier toute l’élégance et la finesse :

 Un animal dans la lune

 Pendant qu’un philosophe assure

Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés,

Un autre philosophe jure

Qu’ils ne nous ont jamais trompés.

Tous les deux ont raison ; et la philosophie

Dit vrai, quand elle dit que les sens tromperont,

Tant sur leur rapport les hommes jugeront ;

Mais aussi, si l’on rectifie

L’image de l’objet sur son éloignement,

Sur le milieu qui l’environne,

Sur l’organe et sur l’instrument,

Les sens ne tromperont personne.

La nature ordonna ces choses sagement :

J’en dirai quelque jour les raisons amplement.

J’aperçois le soleil : quelle en est la figure ?

Ici-bas ce grand corps n’a que trois pieds de tour :

Mais si je le voyois là-haut dans son séjour,

Que seroit-ce à mes yeux que l’œil de la nature ?

Sa distance me fait juger de sa grandeur ;

Sur l’angle et les côtés ma main le détermine.

L’ignorant le croit plat ; j’épaissis sa rondeur :

Je le rends immobile ; et la terre chemine.

Bref, je démens mes yeux en toute sa machine :

Ce sens ne me nuit point par son illusion.

Mon âme, en toute occasion,

Développe le vrai caché sous l’apparence,

Je ne suis point d’intelligence

Avecque mes regards, peut-être un peu trop prompts,

Ni mon oreille, lente à m’apporter le son.

Quand l’eau courbe un bâton, ma raison le redresse :

La raison décide en maîtresse.

Mes yeux, moyennant ce secours,

Ne me trompent jamais en me mentant toujours.

Si je crois leur rapport, erreur assez commune,

Une tête de femme est au corps de la lune.

Y peut-elle être ? Non. D’où vient donc cet objet ?

Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.

La lune n’a nulle part sa surface unie :

Montueuse en de sleiux, en d’autres aplanie,

L’ombre avec la lumière y peut tracer souvent

Un homme, un bœuf, un éléphant.

Naguère l’Angleterre y vit chose pareille.

La lunette placée, un animal nouveau

Parut dans cet astre si beau ;

Et chacun de crier merveille.

Il étoit arrivé là-haut un changement

Qui présageoit sans doute un grand événement.

Savoit-on si la guerre entre tant d epuissances

N’en étoit point l’effet ? Le Monarque accourut :

Il favorise en roi ces hautes connoissances.

Le monstre dans la lune à son tour lui parut.

C’étoit une souris cachée entre les verres ;

Dans la lunette étoit la source de ces guerres.

On en rit. Peuple heureux ! Quand pourront les François

Se donner, comme vous, entiers à ces empois ?

Mars nous fait recueillir d’amples moissons de gloire :

C’est à nos ennemis de craindre les combats,

À nous de les chercher, certains que la Victoire,

Amante de Louis, suivra partout ses pas.

Ses lauriers nous rendront célèbres dans l’histoire.

Même les Filles de Mémoire

Ne nous ont point quittés ; nous goûtons des plaisirs :

La paix fait nos souhaits, et non point nos soupirs.

Charles en sait jouir ; il sauroit dans la guerre

Signaler sa valeur, et mener l’Angleterre

À ces jeux qu’en repos elle voit aujourd’hui.

Cependant s’il pouvoit apaiser la querelle,

Que d’encens ! Est-il rien de plus digne de lui ?

La carrière d’Auguste a-t-elle été moins belle

Que les fameux exploits du premier des césars ?

O peuple trop heureux ! Quand la paix viendra-t-elle ?

Nous rendre, comme vous, tout entier aux beaux-arts ?

Jean de La Fontaine

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Paranormal
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