2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 10:02

 

Le chaînon manquant, vous l’avez déjà vu, j’en suis certaine. Il traîne ses vieux os dans maints articles de journaux qui se piquent de science paléontologique. Il émaille les conversations sur les dernières nouvelles de nos ancêtres : qui a bien pu avoir le privilège de combler le trou dans notre belle évolution humaine linéaire ?

 

Ce terme désuet et poussiéreux apparaît aussi dans un site on ne peut plus sérieux : charlatans.info, le site de François Grandemange. Ce dernier tente de démystifier l’idée de chaînon manquant mais  son argumentation est erronée. François Grandemange présente en effet l’évolution comme « la course d’un cheval » suivie comme un film par les scientifiques. De la chaîne où il manque un maillon, à la course en ligne droite du cheval, je ne vois pas de différence. On est toujours dans un système linéaire, qui n’autorise pas le foisonnement constaté dans la nature.

 

Aristote avait imposé la « scala natura », l’échelle de la nature où l’homme grimpait les barreaux inexorablement, sans quitter des yeux le dernier échelon, probablement ! À l’école, moi j’ai appris la pyramide, où je pouvais me voir au sommet, moi et mes congénères. Quelle satisfaction. Plus dominateur que moi là-haut, tu meurs ! Puis l’échelle et la pyramide ont laissé la place à la chaîne. Plus de sommet, mais une ligne qui va quelque part… forcément.  Et maintenant, voici la course du cheval de F. Grandemange.  On ne sort donc jamais de cette idée fausse de linéarité, alors que l’évolution part dans tous les sens, sans direction déterminée, et forme, non un arbre, mais un buisson très dense.

 

Charalatans présente aussi comme argument que tout fossile est pris « dans le temps, comme un instantané ». Mais ceci ne réfute pas la notion de chaînon manquant. Un élément fossile pourrait très bien être un élément instantané, pris dans le temps, et… manquant ! En fait si François Grandemange nie l’idée de chaînon manquant, c’est juste parce qu’il nous manque la totalité des fossiles qui pourraient reconstituer la chaîne

« Étant donné que la fossilisation est relativement rare, l’enregistrement est incomplet, et les scientifiques n’ont pas de film ni de vidéo continus documentant chaque pas jusqu’à la fin. »

Si je comprends cette bien cette phrase, il suffirait d’avoir accès à la totalité des fossiles pour que la chaîne ne soit plus un mythe.

 

En fait,  si François Grandemange a raison de réfuter cette idée, il le fait maladroitement. Non, les scientifiques ne suivent pas l’évolution comme un film qui se déroule sur un écran, pour la bonne raison que l’évolution n’est ni plate ni rectiligne, et qu’on ne peut dérouler ses événements sans partir dans tous les sens. L’évolution en tant que buissonnement fait d’embranchements, de séparations, de spéciations, voilà l’image qui s’oppose totalement à la chaîne, qui constitue la réalité. À partir du moment où l’évolution est ainsi admise, il n’est plus possible de trouver un trou dans une chaîne qui n’existe pas.

 

Alors que cherchent  les paléoanthropologues avec tant de fébrilité ? L’ancêtre commun. À l’embranchement où vont se séparer deux espèces, il doit y avoir un ancêtre qui, tout en étant différent de ceux des deux futures branches, possède une ou des caractéristiques qu’il aura transmise(s) à ses descendants, même séparés. C’est ce qui a tant excité les chercheurs dans la découverte d’Ida. Il s’agit en effet d’un ancêtre commun à l’embranchement de la lignée menant aux singes (et à nous après d’autres embranchements) et de la lignée des lémuriens. Selon la définition de l’AC, quelle serait alors cette caractéristique commune que nous aurait léguée Ida, et qui mériterait de penser qu’elle est un AC ? Son pouce opposable ! Un pou ce opposable qui a traversé 47 millions d’années pour venir jusqu’à nous, après maints changements de direction, lignées, espèces, familles. Ida a roulé sa bosse. Mais comment savoir si c’est vraiment elle ? Il faudrait pour cela maîtriser la notion d’embranchement. Sommes-nous à l’embranchement exact avec Ida, où nous en rapprochons-nous seulement un peu plus ? Mystère.  Chaque réponse apporte son lot de questions… ce que ne permettrait pas la métaphore d’une chaîne.

 

Dernier point sur lequel je suis en désaccord avec François Grandemange. Il affirme que l’expression « chaînon manquant » est un langage employé par les spécialistes et les paléontologues eux-mêmes. Je m’insurge ! Lisez Yves Coppens, Pascal Picq, Stephen Jay Gould, Richard Lewontin, Jean-Jacques Hublin,  l’ancêtre commun vous y attend. 

 

Que tout cela ne vous empêche pas de fréquenter assidûment le site de charlatans.info. C’est un excellent site sceptique et critique.

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Partager    
Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 19:07

Le langage des journalistes peut décidément être très libre ou/et très abscons. J’en veux pour preuve cet article sur le site slate.fr, site d’informations et d’analyses, partenaire de slate.com, dont on retrouve certains articles traduits en français. Slate.fr a été fondé par Jacques Attali et Jean-Marie Colombani (directeur de publication du Monde de 1994 à 2007).

 

Sur ce site, je vois ce matin un article signé par Jean-Yves Nau, journaliste au Monde (encore !), article intitulé « La France va créer un télescope de la pandémie ». Bigre ! Qu’est-ce que cet engin vient faire en médecine ? La pandémie n’a tout de même pas déjà essaimé dans l’espace ? Trêve de plaisanterie, l’illustration choisie pour l’article  me plonge dans la perplexité et ajoute à la confusion : il s’agit d’une image de l’univers profond prise par le télescope Hubble.  Titre et illustration se situent en haut de l’article, mais en lisant on s’aperçoit bien vite qu’il s’agit d’un projet français d’« Observatoire » de la pandémie, comme il en existe pour la lecture, les inégalités ou l’habitat. Un organisme qui compile des données et en fait des synthèses. Un outil d’observation sociale, en quelque sorte. Le Robert Plus de 2007 donne comme définition de « Observatoire » : « Établissement destiné aux observations (astronomiques…) », les points de suspension montrant que la liste n’est pas exhaustive.

 

Le mot « télescope » a donc été mis pour « observatoire ». Pourquoi ? Fantaisie du journaliste ? Jean-Yves Nau écrit bien, et cette bévue ne ressemble pas à ce qu’il écrit par ailleurs. Je pense que, tout auteur qu’il soit, il n’a pas la maîtrise du titre, qui peut revenir à la rédaction. La seule allusion de J.-Y. Nau au télescope est en fin d’article : « [ce projet] resterait encore très largement en-dessous des investissements que les seuls Européens ont jugé nécessaires de réaliser pour explorer les étoiles et l’invisible de l’univers. ». Bizarre, ce mot, « télescope », aurait donc été mis là parce que les télescopes européens coûteraient  plus cher que ce projet d'observatoire français de la pandémie ! Les cheminements des journalistes sont parfois vraiment tortueux !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Culture - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    
Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /2009 09:17

Sur le Bulletin électronique de l’ambassade de France en Chine du 9 juin, on peut lire :

« Selon le directeur du département de coopération internationale du Ministère de la Santé, la médecine traditionnelle chinoise serait très utilisée pour traiter les patients atteints de la grippe A en Chine, qui compte 39 personnes infectées »

Forte de la reconnaissance de sa médecine traditionnelle par l’OMS, la Chine met en avant ses bons résultats en matière de traitement des maladies infectieuses par les plantes. Par exemple, elle  utilise l’anis étoilé dans le traitement de la grippe A. La Chine produit 40 000 tonnes de cette petite plante par an. Elle entre d’ailleurs dans la composition de l’antiviral Tamiflu, sous une forme synthétisée.


Des chercheurs japonais de l’Université de Tokyo avaient synthétisé en 2006 cette molécule active, l’oseltamivir, composante de  l’anis étoilé, afin de pallier à la difficulté de culture de ce fruit  (6 à 10 ans de maturation du fruit après plantation de l’arbre). L’université de Tokyo a déposé une demande de brevet en février 2006 pour cette synthèse de l’oseltamivir et travaille avec le laboratoire Roche pour qu’il fabrique le Tamiflu avec sa molécule.

 

Alors, la Chine résout-elle la pandémie de grippe A par sa médecine traditionnelle, par des décoctions d’anis étoilé ? Non, elle combine juste très habilement la valorisation de son patrimoine médicinal et l’efficacité des dernières technologies, reconnaissant qu’elle explore les deux volets thérapeutiques par une  « approche combinée médecine traditionnelle chinoise - médecine occidentale ».

Mais alors, dites-moi, si les deux traitements sont combinés, comment le ministère de la santé sait-il que c’est la traditionnelle qui a porté ses fruits et non pas l’autre, la synthétique, « l’occidentale » ?

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Partager    
Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /2009 07:12


Le triangle des Bermudes vu depuis Tioumen
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59430.htm

Des chercheurs de la région de Tioumen ont leur propre explication du mystère entourant le triangle des Bermudes. C'est ce qui a été révélé lors d'une conférence au thème pourtant bien éloigné, de prime abord, du sujet, puisqu'elle s'intitulait "Géologie et richesse en pétrole et en gaz du méga-bassin de Sibérie occidentale". Selon Anatoli Nesterov, directeur adjoint de l'Institut de la cryosphère de la Terre, dépendant de la Section sibérienne de l'Académie des sciences russe, le phénomène observé dans les Bermudes est lié à l'accumulation d'hydrates de gaz dans les eaux de l'Atlantique.

Dans le fond de l'Atlantique, dans la région des Bahamas, de la Floride et des îles Bermudes, sont concentrées d'énormes quantités d'hydrates de gaz, d'après Anatoli Nesterov. Lorsqu'il s'y produit des mouvements de terrain, il se forme des fractures tectoniques et des hydrates de gaz commencent à se décomposer. Il se dégage alors du gaz". Si un navire tombe dans ce milieu, poursuit le chercheur, en raison de la brusque baisse de la densité de l'eau, il est attiré vers le fond. Le même effet destructeur s'observe lorsqu'un avion est pris dans un nuage de méthane, formé par le dégagement de ce gaz dans l'atmosphère ; en conséquence, l'avion s'écrase.

Cette hypothèse, convient Anatoli Nesterov, n'est pas prouvée scientifiquement, pour l'instant. Mais la présence d'amas d'hydrates de gaz dans les eaux de l'Atlantique a été confirmée lors du programme américain de forage à de grandes profondeurs réalisé au milieu des années 80. Les hydrates sont, rappelons-le des combinaisons solides, qui se constituent à partir du méthane et de l'eau, dans certaines conditions de température et de pression. Ils se rencontrent principalement dans les océans et les régions septentrionales de merzlota.

Les hydrates naturels, qui contiennent du méthane, ont été découverts en URSS. En 1965, Youri Magakon, un jeune chercheur de l'Université Goubine, avait fait état de la possibilité de l'existence de gisements d'hydrates de gaz à l'état naturel. Un an et demi après, était découvert le gisement de Messoyarskoyé, au-delà du Cercle polaire. Jusqu'au milieu des années 80, un programme d'étude des hydrates de gaz a été conduit en URSS. Les spécialistes estiment aujourd'hui que les réserves de gaz se trouvant dans les hydrates de gaz naturels sont supérieures d'au moins une centaine de fois à celles prospectées dans les gisements de gaz traditionnel. Plus de 220 gisements d'hydrates de gaz ont été découverts. Ils pourraient suppléer demain les réserves de gaz naturel.

Replacée dans ce contexte de l'existence à l'état naturel, dans les océans, d'énormes quantités d'hydrates de gaz, l'hypothèse d'Anatoli Nesterov mérite pleinement d'être prise en considération.

Rédacteur : Nicolas Quenez

Origine : BE Russie numéro 21 (9/06/2009) - Ambassade de France en Russie / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59430.htm

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 06:29

 

Pour répondre aux commentaires de monsieur Bret-Morel sur le billet du 18 mai  faisant allusion à  l’origine du zodiaque, voici un document éclairant. Si vous n’avez pas lu les commentaires liés à ce billet, sachez que monsieur Bret-Morel affirme que le zodiaque n’a pu être inventé par les Chaldéens, parce qu’ils n’ont pas inventé l’écliptique, ce plan d’orbite du Soleil et des planètes (plan dans lequel se produisent les éclipses, d’où son nom).

Pourquoi faire un amalgame entre découverte de l’écliptique et invention du zodiaque, et rejeter la seconde au nom de la première ? Les Chaldéens, seize ou dix-sept siècles avant J.-C. avaient imaginé des figures célestes sur la voûte céleste, comme le Scorpion, le Sagittaire et quelques autres. Situés dans la bande où étaient observés les astres errants, ces signes furent dotés d’un statut spécial.

 

Voici le texte extrait du Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines, mis à jour sur le site de l’Université de Toulouse Le Mirail :

 

« Il est aujourd'hui établi que l'origine du zodiaque ne doit pas être cherchée en Égypte, mais en Babylonie. Parmi les figures gravées dans ce pays sur les bornes (kudurru), dont la date remonte jusqu'au XIV° siècle avant notre ère, on a identifié avec certitude celles du Scorpion, du Sagittaire (fig. G00(, du Poisson, du Capricorne, de la Vierge, et plusieurs autres signes, Bélier, Lion, Verseau, Gémeaux, ont été reconnus avec une probabilité suffisante sur ces bornes on sur les gemmes provenant de Mésopotamie. Les monstres dimorphes qui apparaissent encore sur nos cartes célestes, comme le Capricorne, mi-chèvre mi-poisson, ou le Sagittaire, centaure tirant de l'arc, sont donc des produits de l'imagination orientale, qui crut les apercevoir, avec celles de dieux ou d'animaux sacrés, dans les dessins compliqués que forment les étoiles sur la voûte du firmament. »

 

Les chaldéens avaient donc bien imaginé le zodiaque, complété et transformé par la suite. Ils étaient  des observateurs à la fois savants et croyants.

Illustration tirée de l'ouvrage : Camille Flammarion, Les étoiles et les curiosités du ciel, éd. C. Marpon et E. Flammarion, 1882. Exemplaire personnel.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Astrologie
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Partager    

Présentation

Prendre le temps

Septembre 2010
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés