2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Jeudi 26 avril 2007 4 26 /04 /2007 06:28

Une brève de Ciel et espace de mai 2007 annonce que des chercheurs chinois publient un démenti, dans Science et Technologie,  sur la visibilité de la Grande muraille depuis l’espace. Ces chercheurs expliquent que l’œil humain ne peut distinguer un objet  de 10 m de large au-delà de 36 km. Il est vrai qu’on la croyait même visible depuis la Lune, selon une légende ! Mais si la brève s’arrête là, voyons un peu ailleurs, sur le web, la chronologie de cette histoire on ne peut plus anthropocentrique. Martin Winckler, qui consacre un article à ce mythe sur son site, pense qu’il a été propagé par des écrivains européens du XX° siècle (Franz Kafka ?). Les lycéens en 1ére S du lycée Notre Dame Providence à Enghien-les-Bains dans le Val d'Oise, auteurs de TPE sur les idées reçues scientifiques , eux, pensent que ce sont les astronautes qui ont lancé la rumeur lors de la conquête de l’espace. Peu importe du reste ; ce qui est amusant, c’est que la légende rebondisse à chaque démenti.

En octobre 2003, le premier Chinois dans l’espace, Yang Liwei, affirme, un peu déçu, n’avoir pas vu  la Grande muraille pendant son périple. C’est pourtant le plus long monument terrestre : entre 6500 et 7240 km, selon les raccordements que l’on comptabilise (les premiers murs ont été édifiés à la fin du V° siècle avant J.-C., puis les différentes dynasties qui ont suivi en ont ajouté, en particulier la dynastie des Ming, entre 1368 et 1644). Mais la longueur, si impressionnante soit-elle, ne joue pas sur sa perception de loin.  C’est sur la largeur qu’il faut s’appuyer : entre 5 et 10 m, selon les endroits de la muraille.

Mais le 25 mars 2004, c’est l’ESA qui publie un communiqué validant à nouveau cette croyance par une photo prise par son satellite Proba, depuis une altitude de 600 km. Une photo à haute résolution, ça ne se conteste pas. Eh bien si ! Et par l’ESA elle-même, qui dément dans un communiqué du 19 mai 2004. Ce qui avait été identifié comme la Grande muraille n’était en fait qu’un cours d’eau.

Autre rebondissement : en mai 2005, un autre Chinois, Leroy Chiao, qui a passé 6 mois dans la station ISS (la station est à 400 km d’altitude), affirme, lui, photo authentifiée par la Nasa à l’appui, qu’il l’a vue. Le Monde du 4 mai 2005 s’en fait complaisamment l’écho et va jusqu’à écrire que Yang Liwei est « battu en brèche », comme s’il s’agissait d’une compétition…Le web relaie abondamment cette info, même le Routard qui titre sur son site « La Grande muraille immanquable depuis l’espace ».

On voit ainsi que si le mythe de sa visibilité depuis la Lune est bien caduque, celui de sa visibilité depuis l’espace, et en particulier depuis des vols spatiaux ou depuis une station, a bien du mal à reculer. Pourtant, un argument simple a été avancé : New York elle-même n’est pas visible de l’espace !

Quand j’emmène un groupe d’observateurs scruter la Lune avec un télescope d’amateur, j’entends souvent la question suivante, mi-sérieuse, mi-amusée : « Est-ce qu’on y voit le drapeau américain ? » Galéjade sans doute, mais qui dénote la passion de l'humanité à laisser ses traces visibles à travers l’espace. Pour se rassurer ? 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Mythes
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Dimanche 22 avril 2007 7 22 /04 /2007 12:06

Vous avez sans doute déjà entendu dire, à l’appui d’une existence probable des extraterrestres, que l’être humain étant une forme de vie assez banale, il pouvait bien avoir son double, sous une forme ou une autre, quelque part dans l’univers. Belle façon de montrer un caractère humble et ouvert. L’argument n’a pas de démonstration scientifique mais il a l’avantage d’être psychologisant et donc d’être imparable, par simple culpabilisation de ses opposants. Vous imaginez-vous un peu rétorquer que l’être humain est si exceptionnel  que son équivalent aurait peu de chances d’exister quelque part ? Vous imaginez-vous vraiment  brandir cet argument des plus arrogants : le statut d’exception de notre espèce ? Bien sûr que non. De toute façon, ce contre argument ne possède pas plus de preuve que le premier. Il n’empêche que ce domaine de la recherche extraterrestre, ou ufologie,  ne contenant aucune argumentation scientifique, une belle  place est faite à la psychologisation et à l’idéologie, avec son cortège de  passions et de fantasmes.

Les scientifiques se sont pourtant penchés, et se penchent encore sur le problème : la revue Ciel et Espace de mai 2007 revient sur l’existence éventuelle d’extraterrestres, et surtout sur la probabilité de leur visite, dans un article de David Fossé « E.T. prend son temps ». L’article nous rappelle d’abord le paradoxe de Fermi. De quoi s’agit-il ? Le prix nobel de physique Enrico Fermi a énoncé en 1950 un paradoxe devenu fameux : « Si l’humanité est une espèce si banale dans la Galaxie, nous devrions déjà être entrés en contact avec des extraterrestres. » Et Fermi de conclure : « Où sont-ils ? ». En 1975, Michael Hart reprend le dossier, le dissèque, et répond à Fermi : « Parce que nous sommes seul ! ». Le paradoxe ne se résoud pas, il se renforce : nous serions une espèce commune, ordinaire, mais unique !

Ramus Bjork, étudiant en physique danois âgé de 26 ans, vient de modéliser à son tour l’exploration de la Galaxie. Ses simulations numériques montrent que si les extraterrestres existent, ils n’ont tout bonnement pas eu le temps d’arriver ! Pour cela il suppose des engins pouvant atteindre 1/10 de la vitesse de la lumière, soit 30 000 km/seconde, en 8 vaisseaux principaux contenant chacun 8 sous-vaisseaux, qui peuvent survoler, en 10 milliards d’années, 10 000 secteurs contenant 40 0000 astres, soit quelques pour cent de la Voie lactée seulement. On a encore le temps de les attendre ! Notre jeune physicien est surpris par le succès de sa solution au paradoxe de Fermi, qui a fait le tour du monde. Mais il a en face de lui d’autres physiciens qui lui opposent d’autres modèles (Eric Jones, Carl Sagan, Laurence Cox) et quelques arguments.

L’article est assez ambigue, puisque dans son ensemble il fait une belle place aux partisans de l’existence des extraterrestres,  dont les simulations numériques tentent de nous convaincre qu’ils sont juste en retard. La belle excuse !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Ufologie
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Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /2007 12:26

Petit précis politique à l'usage du citoyen

John Paul Lepers et Thomas Bauder

Éditions Privé, 2007, 170 pages, 10 €.

Putain, lisez cela avant de voter ! Vous connaissez peut-être John Paul Lepers, ce journaliste de chez Canal+, qui a travaillé avec Karl Zéro pour le Vrai journal. L’image que j’en garde à la télévision est celle d’un  trublion qui courait les couloirs de l’Assemblée Nationale, plutôt quand « il faut pas », et armé de questions impertinentes qui malmenaient parfois la patience des intéressé(e)s. Il anime à présent la blogosphère de son ton libre et piquant, et dirige une télé libre sur le net, qu’il a créée en janvier 2007. Pourtant son petit bouquin n’est pas si polémique ni vraiment partisan, sauf quand il s’agit de prévenir contre l’extrême-droite. Son livre nous présente 10 des principaux candidat(e)s, classés de la plus à gauche avec Laguiller jusqu’à Le Pen en fin d’ouvrage. Chaque candidat fait d’abord l’objet d’un Quizz (auquel Royal et Sarkozy ont refusé de se prêter – mauvaise idée !). Trois questions parmi 9 ou 10 : « Votre héros quand vous étiez petit ? », « La France, c’est quoi pour vous ? », ou « Vous pouvez nous parler d’amour ? ». Puis vient un entretien avec J-P Lepers, plus ciblé sur les enjeux de société, entretien  parfois extrait d’autres campagnes, parfois mené tout récemment. Enfin, un portrait retraçant le parcours personnel du candidat ou de la candidate. Des encadrés parcourent les pages, vous initiant, entre autres, à ce qu’est «  le libéralisme appliqué » de Nicolas Sarkozy, la dictature du prolétariat d’Arlette Laguiller, ou le souverainisme de De Villiers, ou bien vous livrant la liste des onze condamnations (en 30 ans, de 1964 à 2004) de Jean-Marie Le Pen, pour mise en cause de crimes contre l’humanité, apologie de crimes de guerre, propos racistes, violences verbales ou physiques.

Les deux auteurs ont fait œuvre de citoyenneté en utilisant leurs compétences journalistiques pour mieux nous éclairer et nous aider à faire notre choix. À nous de jouer dimanche !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Notes de lecture
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Dimanche 15 avril 2007 7 15 /04 /2007 13:39

Dessin de José Tricot, dessinateur pour Science et pseudo-sciences (AFIS)

Dans TV magazine, E. Teissier concocte un horoscope chaque semaine pour ses lecteurs. Dans celui du 15 au 21 avril 2007, elle nous offre, en plus, ses prévisions pour les présidentielles. Elle annonce Sarkozy gagnant, mais à ce trop-plein d’assurance elle  adjoint des garde-fous, et ce, à chaque ligne. D’abord dans le titre de l’article : « Sarkozy ? Son ciel natal le donne gagnant ! ». Elle ne dit pas qu’elle le donne gagnant mais que c’est une révélation du ciel, comme si elle se dédouanait à l’avance d’éventuelles erreurs. Elle va d’ailleurs renforcer cet aspect « ce n’est qu’une tendance – je n’y suis pour rien » tout au long de l’entretien accordé à TV magazine. La première phrase de cet entretien sera en effet de préciser « qu’il est important de parler au conditionnel ». Or, quand vous,  lecteur de TV mag., vous aurez fini de parcourir les deux pages de l’article, vous n’aurez pas vu de mode conditionnel. Partout elle répond aux questions par le temps présent ou par le futur simple. On ne peut guère faire moins ancré dans l’hypothétique que par ces deux temps. Une exception : Teissier prévoit que Borloo « devrait hériter d’un ministère important ». Ici, ce qui surprend, c’est le « devrait » au lieu de « pourrait » !

Teissier est donc très prudente et se ménage une porte de sortie en cas d’échec de Sarkozy. Jamais elle n’aura dit, elle, qu’il serait élu président ! Mais s‘il l’est, elle saura ressortir cet article et faire valoir son titre. Notre astrologue donne d’ailleurs un exemple de rébellion des prévisions, sorte de tendance inversée : elle nous explique qu’en 1986 des « étoiles magnifiques» étaient favorables à Simone Veil pour un poste de premier ministre mais qu’en fin de compte elle ne l’obtint pas. Ce qui signifie que Teissier s’est déjà trompée, qu’elle se trompera encore, et qu’on ne peut en tenir grief ni à sa discipline, ni à elle. On remarquera au passage son emploi des mots « étoiles magnifiques », et quelques lignes au-dessus, d’« étoiles négatives ». Pourtant il semblait que l’astrologie fût depuis toujours une affaire de planètes, pas d’étoiles… Quand on revendique un statut de science il serait bon d’en avoir la rigueur !

A propos du statut scientifique de l’astrologie, E. Teissier affirme aussi dans cet article que « Comme la médecine, l’astrologie est une science d’interprétation. ». D’abord ni la médecine ni l’astrologie ne sont des sciences, mais la médecine en est issue, par son héritage de la biologie et la physiologie, auxquelles elle apporte des applications. Mais en outre, la médecine, si elle comporte bien un aspect interprétatif, s’appuie tout de même sur ces deux sciences reconnues et dispose donc d’outils fiables. Quid de l’astrologie ? Quels en sont les outils scientifiques ? S’agirait-il du logiciel d’astro de madame Teissier, qu’elle fait tourner sur son ordinateur pour mouliner des thèmes astraux ? Oui, finalement, l’astrologie c’est sans doute cela : beaucoup d’inventions, et un peu de technologie informatique !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Astrologie
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Mardi 10 avril 2007 2 10 /04 /2007 09:25

Paul Moreira

Editions Robert Laffont, 2007, 282 pages, 19 €.

 

« Vous allez découvrir les professionnels auxquels les journalistes doivent désormais faire face. Ils savent séduire. Intoxiquer. Donner toujours le sentiment de l’ouverture et de la transparence tout en provoquant l’autocensure. » Extrait, page 19.

L’ouvrage de Moreira fait frémir. Il est journaliste d’investigation, il a créé et dirigé l’émission « 90 minutes » de Canal+. Il fait partie de ces journalistes rigoureux, convaincus, pugnaces, qui se cassent parfois les dents sur les « spin doctors », ces professionnels « rattrapeurs de situations mal emmanchées », qu’elles soient industrielles ou politiciennes. Les « spin doctors » apprennent à désinformer avec le sourire, n’interdisent rien, mais mettent en place les manœuvres  les plus efficaces pour qu’une mauvais info ne soit, non pas censurée, mais passe inaperçue. C’est ainsi que les événements les plus graves, où des intérêts de dirigeants sont en jeu, deviennent des nouvelles à « bas bruit ».  La censure, trop brutale, fait place  à un vrai travail de  modification de la perception du spectateur, de l’auditeur ou du lecteur. Deux exemples internationaux peuvent l’illustrer : la guerre en Irak  et le procès contre Nelson Mandela pour avoir voulu fabriquer des génériques pour son pays.

La guerre en Irak : bien que l’administration Busch ait avoué qu’elle savait qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak, un  américain sur deux croit toujours le contraire. Un chiffre en augmentation de 30% par rapport à l’année précédente. Fox TV a les moyens  d’entretenir cette croyance : elle fabrique du patriotisme à grand renfort de communications stridentes, ne donnant qu’un faible écho aux communiqués de démenti : c’est l’info à bas bruit. Autre info à bas bruit aux USA : le nombre de morts irakiens. Il n’est jamais communiqué. Du moins jamais le récapitulatif depuis le début de la guerre. Les américains ont pourtant une démocratie on ne peut plus transparente : tous les documents officiels, même les plus compromettants pour l’administration, sont sur les sites internet nationaux. Mais la population est bien « éduquée » et ne va même pas les consulter.

Afrique du sud : en 1999, alors qu’Al Gore est vice-président des Etats-Unis, il entraîne 39 firmes pharmaceutiques américaines  à porter plainte contre Nelson Mandela qui a annoncé, au vu de la catastrophe sanitaire dans son pays, son désir de fabriquer des médicaments génériques contre le sida. Les grands groupes pharmaceutiques s’y opposent fermement, défendant leurs intérêts. L’ONG « Médecins sans frontières » a beau hurler son indignation, la répercussion est faible. Pourquoi ce drame est-il passé silencieusement dans les médias alors que des millions de vie étaient sacrifiées sans état d’âme ? Parce que l’industrie pharmaceutique « travaille au corps le politique ». Avec 297 spécialistes en pression psychologique (ou « lobbyistes ») engagés – c’est-à-dire un sur deux sièges au congrès - elle s’assure d’arriver à ses fins. Al Gore s’y emploie.

Ce qui va faire se retourner la situation, c’est un événement mondial indépendant : le prix Nobel de la Paix accordé à Médecins sans frontières en 1999, et qui va aider la campagne médiatique de cette ONG en faveur des génériques. La presse américaine a fini par s’emparer du sujet, laquelle suscitera alors le scandale et poussera les firmes à la négociation plutôt qu’à des positions dures. En 2001, elles renoncent à leur plainte contre Nelson Mandela.  Le bas bruit était devenu trop explosif. Les génériques de trithérapie seront fabriqués.

D’autres exemples, internationaux, mais aussi sur notre sol français, abondent dans le livre de Moreira. Ils sont toujours référencés, documentés, preuves à l’appui. Quand on referme l’ouvrage, on ne peut s’empêcher de penser que les journalistes d’investigation, souvent présentés comme des empêcheurs de tourner en rond, sont au contraire de vrais chiens de garde, et qu’il faudra que la démocratie préserve leur liberté d’action et d’expression, même si elle doit en être égratignée au passage.

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Notes de lecture
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