2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /2007 06:46

Deux événements ont marqué ces derniers jours et sont totalement antagonistes  : l’anniversaire du traité de Rome, qui a impulsé l’Europe, et les appels au nationalisme de deux candidats à la présidentielle. Le ministère de l'identité nationale et de l’immigration suggéré par Sarkozy et le drapeau français dans chaque foyer suggéré par Royal sont en effet de drôles de symboles européens. Face au reproche incessant que les français ne savent pas être européens, et sont même en train de la bousiller, les candidats ne savent que nous enjoindre à adopter des conduites idéologiques de nationalisme et de communautarisme. Je doute que ces comportements nous poussent à l’amour de l’Europe et à «  nous penser européens ».

Le plus grave est que l’un des symboles de la Nation est une chanson sanguinaire, et que cette chanson sanguinaire, nous devrions la chanter dans les écoles ! Nous savons tous que la répétition par cœur de paroles peut influencer les esprits. N’est-ce-pas ainsi que fonctionnent les dictatures, par des chants ou des slogans guerriers maintes fois martelés ? N’est-ce-pas ainsi que fonctionnent les religions, avec des prières et des litanies marmonnées  sans compréhension, mais avec conviction ? N'est-ce pas ainsi que fonctionnent aussi la publicité et quelques-uns de ses messages qui entrent dans nos têtes malgré nous ? Comment espérer que l’apprentissage de la Marseillaise fonctionne autrement dans l’esprit des enfants ? Comment, devant une classe, ne pas avoir honte, même si c'est avec des explications, de réitérer des appels à la guerre et au racisme ?  Si j’étais enseignante en classe élémentaire, je ferais analyser cette Marseillaise  avec esprit critique, avec un décryptage humain et citoyen, puis je leur demanderai d’inventer d’autres paroles, qui ne seraient ni  racistes et haineuses, mais porteuses d’un désir de « savoir-vivre ensemble ». Je suis certaine que des enfants auraient des idées géniales et certaine aussi que des instituteurs ont déjà mené ce travail. À défaut de créer un autre texte à la Marseillaise, on peut aussi étudier et faire apprendre le magnifique texte de L’ode à la joie, hymne européen (texte ci-dessous), même si la référence finale au "tendre père" doit être éliminée dans un souci de laïcité.  Le savoir vivre ensemble qu’il nous enseigne serait un des remparts à dresser devant le nationalisme et les communautarismes. L’éducation civique et citoyenne a toute sa place dans les écoles  et fait partie des programmes. Mais je doute qu’il faille la faire passer par des sangs dits impurs.


Ode à la joie

Mes frères, cessons nos plaintes !
Qu'un cri joyeux élève aux cieux nos chants de fêtes et nos accords pieux !

Joie ! Joie ! Fille de l'Elysée,
Flamme prise au front des dieux,
Nous entrons l'âme enivrée
Dans ton temple glorieux.
Ton magique attrait resserre
Quand la mode en vain détruit;
L'homme est pour tout homme un frère
Où ton aile nous conduit.

Si le ciel comblant ton âme,
D'un ami t'a fait l'ami,
S'il te donne un cœur de femme,
Suis nos pas au seuil béni !
Viens, si tu n'aimas qu'une heure
Qu'un seul être sous les cieux !
Vous que nul amour n'effleure,
En pleurant, fuyez ces lieux !

 

 

Bois la joie au bruit des chants,
Tous, de roses, sa parure,
Ont leur part,
Bons et méchants.
Elle a tout : raisins qu'on presse,
Sûrs amis, baisers de feu,
Donne au ver rampant l'ivresse,
Et le chérubin voit Dieu.

 

 

Fiers, tels les soleils d'or volent
Sur le plan vermeil des cieux,
Faites, frères, votre voie :
Gais, tels vont combattre
Les héros emplis de gloire !

 

 

Qu'ils s'enlacent tous les êtres !
Un baiser au monde entier !
Frères, au plus haut des cieux
Doit régner un tendre père.
Tous les êtres se prosternent ?
Pressens-tu ce père, Monde'
Cherche alors le Créateur
Au-dessus des cieux d'étoiles !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Éducation
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /2007 09:41

Les canulars dans les courriels jouent toujours sur  l’émotion : les enfants, disparus ou malades, la menace sur notre portefeuille, ou notre santé en danger.  J’ai reçu hier un canular de ce dernier type. Il s’agissait d’un diaporama qui  avait pour but de montrer qu’un accident cardiaque pouvait survenir alors qu’on est seul(e), vraiment seul(e) au volant de sa voiture, par exemple en sortant de son travail à 18h. Pourtant l’image montrait un véhicule à un feu rouge. Les feux de signalisation n’étant pas en campagne déserte, le décalage entre texte et image était bizarre. Puis il était dit qu’en cas de début de crise cardiaque, dès les premiers symptômes, si on était isolé, il fallait ....devinez ? Sortir son portable, appeler le SAMU ? Non, même pas ! Il faut tousser ! Vrai de vrai. Ce geste peut paraît-il vous sauver la vie en attendant de gagner un hôpital ! Mention était faite aussi que les 20-35 ans n’étaient nullement à l’abri de ce type d’accident. La source, indiquée à la fin était : Journal of General Hospital Rochester.

Voir  Hoaxkiller et Hoax-slayer qui répertorient tous deux ce canular. Attention ! Sur le site Hoaxkiller, un lien a été créé avec Hospital General Rochester afin que vous puissiez y lire son démenti. Mais le lien ne fonctionne pas. Voici le lien avec le communiqué « How to survive a Heart Attack when Alone » : Rochester General Hospital.

Hoaxbuster a mis en ligne ce hoax sur son site  le 17 mars 2007. Vous y trouverez un lien avec le site de l’association des  cardiologues américains qui contestent la méthode préconisée.

Ce hoax, né au Québec et transitant par les USA, est en route depuis 2002.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Canulars
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Samedi 24 mars 2007 6 24 /03 /2007 14:42

Dessin de José Tricot, illustrateur pour l’AFIS (dessin paru dans le numéro de mars 2006 de Science et pseudo-sciences)

Le verdict est tombé jeudi 22 mars 2007 après-midi. Il était très attendu des protagonistes, des lecteurs de Charlie Hebdo, et de tous les français attachés à la liberté de leur presse. Attendu par tout le monde, en somme ! Relaxé ! Pouvait-il en être autrement ? La justice pouvait-elle traiter cette affaire différemment que par le passé, quand elle avait relaxé Charlie pour des faits certainement plus injurieux envers le pape ? En février dernier, la procureure avait demandé la relaxe. Les juges l’ont suivie. Regardons un peu les « attendus » du jugement, relatés sur le blog de Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde : « Attendu que Charlie Hebdo est un journal satirique, contenant de nombreuses caricatures que nul n’est obligé d’acheter ou de lire […], attendu que toute caricature s’analyse en un portrait qui s’affranchit du bon goût  pour remplir une fonction parodique, attendu que le genre littéraire de la caricature, bien que délibérément provocant, participe à ce titre à la liberté d’expression et de communication des pensées et des opinions […] »

Ces trois « attendus » qui président à la déclaration de relaxe sont un vrai régal républicain. Exposés comme rarement et à savourer.  On y retiendra que la caricature n’est pas allée vers les musulmans pour les provoquer, mais qu’il fallait aller la chercher, on retiendra aussi que la caricature a le droit d’être de mauvais goût, par essence !, et que le « délibérément provoquant », quand il s’installe dans un genre littéraire qui lui est dédié, a toute sa place dans les communications démocratiques. Soulagement.

Toutefois, le dernier attendu est moins rassurant : « attendu que le dessin [celui de Cabu] en cause est inclus dans un numéro spécial dont la couverture « éditorialise » l’ensemble du contenu et sert de présentation générale à la position de Charlie Hebdo […] attendu qu’ainsi, en dépit du caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans, le contexte et les circonstances de sa publication dans le journal C.H., apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d’offenser directement et gratuitement l’ensemble des musulmans[…] ».

Petite réticence… Charlie Hebdo est relaxé parce qu’il a attaqué les intégristes, au sein d’un numéro consacré à l’extrémisme de l’islam.  Ce qui revient  à dire, et à déduire, qu’en cas de caricature de Mahomet hors contexte éditorialiste, il aurait pu être condamné. Inquiétude : la caricature de la religion devrait se limiter aux extrémismes ? La nuance est de taille, car jusqu’à présent les caricatures religieuses étaient permises sans justificatif. Sur le site du Monde, dans un podcast, le dessinateur Cabu, accusé pour son dessin de couverture, affirme avoir déjà affronté, en 20 ans, 11 procès pour des caricatures de sa main, dont 6 assignés par l’armée, et pas un seul par la religion, jusqu'à celui de février 2007. Cabu  voit, dans ce procès  intenté par des organisations religieuses, des méthodes « du Moyen Âge ». Dans un autre podcast, c’est Plantu qui  est inquiet pour l’avenir : il craint que les demandeurs d’images ne deviennent de plus en plus frileux et commandent beaucoup moins de dessins devenus « à risques ». Il faudra toute l’opiniâtreté d’une opinion publique très éprise de laïcité pour encourager les  dessinateurs, leurs employeurs,  et ainsi  soutenir la liberté d’expression. Les blogs y participeront, à n’en point douter !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Religions
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Jeudi 22 mars 2007 4 22 /03 /2007 18:47

 

 

Article déjà paru sur le site de l'AFIS; mis à jour le 22 mars pour ce blog.

La revue Ciel et espace avait déjà informé ses lecteurs en juin 2005 de la fermeture du Service d’Etudes des Phénomènes Rares Atmosphériques (SEPRA), service appartenant au Centre National d'Etudes Spatiales (CNES),  son directeur Jean-Jacques Vélasco ayant pris un peu trop fait et cause pour le militantisme pro-ovnis dans un ouvrage intitulé Ovnis, l’évidence. Puis Ciel et espace nous avait annoncé en mai 2006 la naissance d’un nouveau service : le GEIPAN, Groupe d’Etude et d’Information sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés), reprenant ainsi le premier sigle de ce service, à sa création en 1977, le GEPAN. Le mot-clé, celui qui fera toute la différence entre le premier et le second sigle, c’est l’Information. Une volonté de transparence se fait jour par l’annonce que, dès l’été 2006, les 6000 témoignages recueillis par feu le SEPRA, jusque là inaccessibles, accusés d’opacité, seraient ouverts au public via le net.
On peut observer deux volets à ce nouveau bureau d’étude : une partie, dont le directeur est Jacques Patenet, sera sur le terrain, relevant les témoignages, menant les enquêtes, travaillant avec des labos, des psychologues, spécialistes des sols, des gendarmes etc. Et un volet comité de pilotage, dont le directeur est Yves Sillard, ancien directeur du CNES (à l’époque des débuts du GEPAN en 1977), dont la mission sera de « conseiller le GEIPAN sur les actions à mener ». Conseiller ? Superviser ? Le comité de pilotage sera-t-il un garant scientifique, en assurant un pilotage par l’institution de tutelle ? En lisant les propos de son directeur recueillis par Ciel et espace, on peut espérer qu’il en sera ainsi. Le comité va en effet s’entourer d’une équipe intéressante de spécialistes « de la météorologie, des sciences de l’homme, de l’astrophysique, de l’électromagnétisme, de la propulsion ». La dernière spécialité peut surprendre : si des experts en propulsion ont une place reconnue dans l’équipe, c’est que déjà l’idée d’engins extraterrestres s’installe à demeure, connotant les hypothèses et ses déductions. 
Le CNES et le directeur du comité de pilotage désirent que toute la transparence soit faite sur ce service ; ils insistent sur la valeur pédagogique de leurs travaux, en direction du public. Vous avez dit « pédagogie » ? Si l’objectivité est revendiquée haut et fort par le nouveau GEIPAN, aucun de ces deux outils intellectuels, esprit critique et grain de scepticisme, n’apparaît pourtant dans leurs objectifs... Attendons de voir. Si la transparence est telle qu’on nous la promet, un véritable débat peut s’installer. 
22 Mars 2007 : avec du retard, mais on y est ! Aujourd’hui la presse, dont Ciel et espace bien sûr, se fait largement l’écho de l’ouverture des archives au public sur le site du CNES. Consultez vous aussi les archives du GEIPAN ! Mais attention, toute la journée du 22 mars, impossible d’y accéder. Quel succès !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Ufologie
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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /2007 11:10

Le Monde du 13 mars 2007 nous a annonçé que Clarins venait (en janvier 2007) de lancer un nouveau produit « en première mondiale »: une brume faciale censée protéger le visage des pollutions électromagnétiques générées par les téléphones portables, les ondes wifi, les antennes relais, les fours à micro ondes, et autres méfaits technologiques de notre société… Il paraît que la peau n’en peut plus de ces agressions permanentes. Ne cherchez plus : ce n’est ni l’âge, ni l’alcool, ni le tabac, ni le soleil, ni le manque de sommeil qui font vieillir votre peau mais juste votre téléphone et vos heures devant internet !

Le Figaro.fr en avait déjà parlé le 16 octobre 2006, et, le 2 novembre 2006, La Tribune de Genève l’annonce aussi, au cours d’un entretien avec Lionel de Benetti, ingénieur chimiste et directeur du pôle recherche et développement de Clarins. Il y affirmait que des études avaient été faites dans des centres de recherche (dont le CNRS de Limoges, d’après Le Monde) au moyen d’irradiations dont la fréquence était semblable à celle d’un portable, sur des cellules (en culture, je suppose ?), études qui auraient démontré que les cellules en question, au bout de 6 heures d’exposition, n’avaient pas du tout aimé ! Des radicaux libres sont apparus. Le mot qui fait peur était lâché !

Pour voir cette brume magique allons lire la fiche du produit, élaborée par Clarins. Elle commence par cette question effrayante : « Pensez-vous que les ondes électromagnétiques puissent traverser les murs sans traverser votre peau ? » La plupart d’entre nous vont répondre : « Non. » Le quidam, et en particulier le quidam féminin, va alors prendre conscience de l’horreur de la chose et se dire : les ondes de mon téléphone, de mon wifi,  me traversent de toutes parts et s’en vont flétrir ma peau ! C’est du moins ce type de raisonnement qu’escompte la société Clarins. Le produit fait donc le pari d’une double phobie : celle de l’éternelle jeunesse, et celle de la peur des nouvelles technologies.

À supposer qu’on souscrive à cette peur et qu’on cherche à s’en protéger,  on peut malgré tout se demander si la protection offerte par ce spray est efficace. De nouveau, allons voir la fiche produit car elle devrait nous expliquer l’action de cette brume…. enfin on peut l’espérer. Rappelons en passant que les ondes incriminées sont des passe-murailles (la fiche-produit le rappelle aussi quand elle dit qu’elles peuvent traverser les murs !), contrairement aux UV, qui eux, sont arrêtés par un simple vêtement. Rappelons aussi que les applications de produits sur la peau ne concernent que les « couches superficielles de la peau », l’épiderme. Armés de ces considérations, lisons ensemble « l’effet Clarins » ! : « le complexe Magnetic Defense  (rhodiola rosea, thermus thermophilus) : renforce l’effet barrière, protection biologique contre les ondes électromagnétiques artificielles) ». 

 

La parenthèse cite la composition de plantes, puis affirme que cette plante a un « effet barrière ». En matière de compréhension, on n’est pas bien avancé… Un extrait de plante formerait une barrière, et cette barrière serait une protection ? On aimerait savoir ce qu’est cette barrière ! La peau n’en est pas une, alors une explication s’impose.  Et pour terminer sur « l’effet barrière », on découvre que cette protection ne fonctionnerait  que pour les ondes électromagnétiques artificielles.

 

 

" Bave de crapaud, une once un quart,  stabilisant E420, émulsifiant E471, agent de sapidité E330,  colorant..."

 

 

Là, le produit est super-fort : il va faire la distinction entre les ondes électromagnétiques naturelles et les artificielles. Les UV du soleil sont des ondes électromagnétiques naturelles. La brume va donc faire la différence entre les UV, qu’elle ne bloquera pas, et les ondes de nos portables,  contre lesquelles elle dressera sa fameuse barrière. Et les ondes radio ? Oui , non ? Une petite démonstration, rigoureuse et convaincante, serait vraiment, vraiment, nécessaire ! Je récapitule : selon Clarins, il faudrait donc nous appliquer chaque matin une crème hydratante, puis un filtre anti UV, puis une brume anti électromagnétique,  puis une crème anti rides, puis du stick anti cernes, puis un fond de teint, une poudre, un blush, et …. stopppp !  Résistons !  Enfin, si le produit protégeait vraiment le visage de ce type de pollution, il faudrait aussi s’en pulvériser sur le crâne, car notre cerveau  est tout de même plus précieux que notre épiderme. Non ? Si !!

« C’est prouvé, Clarins rend la vie plus belle ».  Je veux bien le croire : il vaut mieux rire de cette affaire, et le rire est un élément du bonheur, n’est-ce-pas ?

Dessin de José Tricot, illustrateur pour l'AFIS

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Mythes
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