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2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organiques et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Dimanche 26 avril 2009

par Cyrille Baudoin et Olivier Brosseau

Éditions Syllepse, 2008, 135 pages, 7 euros.

« Elle [UIP] est chargée de sélectionner les meilleurs candidats pour l’obtention de bourses dans le cadre du programme "Perspectives globales sur la science et la spiritualité", toujours financé par la John Templeton Foundation. » Extrait, page 50.

 

Ce livre qui tient dans la poche est un grand livre. Il réunit dans ses 135 pages une somme d’informations impressionnante sur les différentes mouvances du créationnisme, ses méthodes, ses ruses pour avancer masqué, sa pénétration dans les milieux scientifiques, et surtout dans les milieux politiques de plusieurs pays d’Europe (Allemagne, Italie, Pologne, Serbie, Pays Bas) - alors qu’on a l’habitude de penser qu’il se cantonne aux États-Unis - et jusqu’au Parlement européen, où un rapport (Guy Lengagne) sur les dangers du créationnisme dans l’éducation a eu bien du mal à être voté en 2007, suite aux pressions d’un parlementaire théologien, lui-même piloté par le Vatican. La documentation qu’ont réunie les auteurs est le fruit d’un travail dense et très soigné. Toutes les références et sources sont présentes en notes de bas de page, accessibles instantanément.

Le titre vous présente déjà les deux axes fondamentaux de la réflexion des auteurs : les créationnismes, et non le créationnisme, parce qu’il y a deux créationnismes de base : celui qui interprète littéralement la Bible (avec création des êtres vivants dans leur état actuel) et celui qui admet une évolution, mais voulue par un créateur. Au sein de ces deux créationnismes, d’autres facettes apparaissent, comme celle du dessein intelligent, qui prétend que la vie est trop complexe pour être le fruit d'une évolution.  Ou celle du  « Cercle d'étude scientifique et historique », qui reconnaît un caractère scientifique et historique à la Bible.  Ou bien encore  celle de l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP, citée en exergue), dont le cheval de bataille est « la spiritualité en science », et dont les membres veulent  à tout crin introduire du « sens » dans les sciences, mais qui en fait cherchent à la parasiter avec du religieux. Des scientifiques, parfois nobélisés, prêtent leur notoriété à ces associations.

Toutes ces obédiences ont plusieurs points communs qui font leur force : elles ont un talent certain à la communication, usent de tous les médias pour leur propagande, ont de gros moyens financiers, travaillent en réseaux, et se donnent toutes pour objectif prioritaire d’infiltrer l’éducation. Ce dernier point est le plus effrayant, parce qu’il est le nerf de la guerre que les créationnistes mènent contre l’intelligence. Monopoliser l’enseignement leur permettrait de manipuler les esprits encore non formés, dans un contexte pédagogique, qui, s’il est démocratique et encore de qualité en France, ne ménage pratiquement aucune place à l’esprit critique. Il serait temps d’y songer, car les objectifs éducatifs en France ne prennent pas le bon chemin : centrés sur les apprentissages disciplinaires minimaux, et non sur les démarches, ils ne permettront pas aux élèves de résister à une manipulation mentale soigneusement orchestrée par des groupes créationnistes infiltrés.

En fin d’ouvrage, vous trouverez un entretien avec J.-B. Panafieu, G. Lengagne, C. Fortin, tous professeur(e)s d’université ou de lycée, et avec R. Monvoisin, chargé de cours d’éducation à la pensée critique à l’université J. Fourier à Grenoble. Tous  expliquent leur angoisse face à l’intrusion des  religions dans leurs classes. R. Monvoisin fait part de ses vives inquiétudes pour l’avenir de notre laïcité, pourtant notre seul rempart contre le créationnisme en éducation.  Lisez aussi, pour  de plus amples informations « Le Sarkozy sans peine » de R. Monvoisin. 

La réponse des auteurs à la question du titre est donc : oui, la menace est réelle, concrète, même si elle reste invisible. La vigilance s’impose.

Allez visiter le site web dédié aux relations entre Science, religion et société que les auteurs ont créé pour prolonger la réflexion.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mercredi 8 avril 2009

 

  En Corée viennent d’être expérimentés des robots-enseignants d’anglais dans 8 écoles du pays. Il s’agit de robots que l’on place au fond d’une classe, pilotés par… mais oui, bien sûr, un enseignant !, formé à son utilisation. Le robot se déplace, il se connecte à internet et à Skype pour communiquer avec les étudiants (pas ceux de la classe, tout de même ?) et il affiche des documents sur un écran placé sur son ventre.

 

Il paraît que les étudiants timides sont enfin libérés et osent s’adresser au robot. Les résultats sont meilleurs que ceux que l’on attendait, affirme CHOI Mi-Ra, la directrice de l'institut. On ne saura pas quel type de résultat s’est amélioré avec le robot. Le recul de la timidité ? Les progrès scolaires ?  L’attrait des étudiants pour une technologie de pointe ? Mystère.

Ces robots répondent à un manque d’enseignants d’anglais natifs, mais permettront aussi d’alléger  la « pression que peuvent subir certains professeurs ». Contre quel genre de pression le robot peut-il protéger ? Là encore, le flou règne.

Par ailleurs, M. KIM So-Yung, un autre responsable de l'institut  affirme que « l'enseignement par robot a prouvé  son efficacité et entraînera des changements importants au sein du marché de l'éducation ».

Je suis sans doute très rétrograde mais je trouve très inquiétant que l’on parle de l’éducation comme d’un « marché ». 

 

Source : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58543.htm

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Éducation - Communauté : Libre expression
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Vendredi 27 mars 2009

Marc Abrahams … Éditions Danger Public, 2006, 350 pages, 14,50 € « […]

"Le grand public entendit pour la première fois parler du Toucher Thérapeutique. Certains trouvèrent la chose comique. Mais beaucoup l’eurent moins bonne. Surtout lorsqu’ils apprirent le nombre d’hôpitaux qui, dans le pays, faisaient payer des sommes parfois substantielles, pour quelques tours de passe-passe joués par des infirmières".  Extrait, page 316.

Qu’est-ce exactement que les IgNobel, et quelle est l’histoire de ces prix ? L’aventure a commencé avec la reprise, en 1990, du poste de rédacteur en chef d’une revue léthargique qui s’appelait « Journal des résultats impossibles à reproduire » par Marc Abrahams, qui décida alors de récompenser « les recherches particulièrement loufoques et dérangeantes ». Les débuts furent modestes, controversés, mais la magie de la bonne humeur a fonctionné : la remise des prix est magistralement farfelue, avec déguisements, concours, lancement d’avions de papier sur scène. Elle attire à présent 1200 personnes, et nécessite entre 50 et 100 personnes pour la préparer. L’auteur l’affirme lui-même : c’est une « assemblée de frapadingues ». C’est pourtant un événement très sérieux puisqu’il est cautionné par l’université d’Harward, qui accueille chaque année la cérémonie en ses murs, et que ce sont de vrais Nobels qui remettent les prix. La plupart des IgNobélisés se déplacent et se prêtent au jeu de l’humour. Une belle leçon de modestie pour la science. Mais bien sûr c’est tout de même le développement de quelques études IgNobélisées qui occupe le plus gros de l’ouvrage. Des recherches « frapadingues » côtoient des recherches inquiétantes comme cette adepte de « l’inutilité de se nourrir », qui a été prise en flagrant délit de prise de nourriture à plusieurs reprises, ou comme ces recherches de la fondatrice du « toucher thérapeutique », thérapie par l’imposition des mains, démystifiée par une gamine de 9 ans qui préparait une expérience de science pour l’école. La fondatrice n’a pas voulu venir chercher son prix ; c’est donc la petite fille qui avait permis d’abattre sa thèse qui a été honorée à sa place. Et elle, elle est venue. En fin d’ouvrage, vous trouverez un récapitulatif de tous les prix Ig attribués depuis la première année (1991), avec le nom des heureux élus et le sujet de leurs études. Rien d’autre, mais la lecture en est savoureuse et instructive. Vous verrez, sur un coup d’œil, que Chirac a reçu l’IgNobel de la paix en 1996 pour sa reprise des essais nucléaires, que Benveniste est le seul chercheur à l’avoir obtenu deux fois, d’abord pour son étude sur la mémoire de l’eau en 1991 puis pour celle qui cherchait à montrer que cette mémoire pouvait se numériser et se transmettre par internet, en 1998. Mais je n’en dévoilerai pas plus : bien d’autres études, d’autres thèses vous attendent, toutes plus farfelues les unes que les autres, mais jamais inutiles.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Vendredi 27 mars 2009

En réponse aux différents commentaires sur le dernier billet « Darwin awards »

Certains m'y font plusieurs reproches principalement de trois ordres : 1 je serais moralisatrice 2-  je serais du type "bisounours" parce que je ne vois pas d'intention cruelle dans l'évolution. 3- je ne devrais pas lancer une accusation de type "personnel" ("Où sont les idiots ?").

Premier point : la morale.  Quand on moralise, on détermine des comportements normés et on les juge, puis on punit les mauvais. Jusque là je ne dis rien de controversé ? 
C'est exactement ce que fait le prix "Darwin awards" : il a déterminé ce qui était bon, puis choisi des gens "idiots", et il se réjouit de ce que les désignés  se soient punis eux-mêmes.
Si c'est pas de la morale, ça ! Par contre, si je vais à l'encontre de cette attitude, je me définis comme amorale, ce qui ne signifie pas que je sois immorale, ni que je sois dénuée de  sens de la justice ou de l'équité.


Second point : la sélection naturelle est cruelle, et moi je suis "bisounours".  Grosse erreur sur le darwinisme, je ne cesserai de le répéter ! La sélection naturelle n'étant pas douée d'âme, elle n'a pas d'intention, ni cruelle, ni tendre. Le manichéisme qui ressortirait d'un tel jugement porte au mysticisme.  La sélection agit en neutralité, vers une élimination indirecte (par absence de reproduction) ou vers un avantage, naturel (reproduction assurée) ou culturel (vie en société). Nous appliquons à la sélection des émotions qu'elle n'a pas, parce que nous les ressentons quand nous observons ce qui agit dans les phénomènes naturels. C'est de l'anthropomorphisme. Pas de bisounous, donc, pas de diable non plus.


Troisième point : je ne devrais pas former d'accusation "personnelle" : ma question de titre et de fin interpelle un groupe indirectement, sous forme de question. Et c'est vraiment ainsi que je le pense, sous forme de doute. Ce n'est pas une accusation, c'est une véritable inquiétude.

 

J’ai manqué d’humour dans ce billet, vous me le reprochez aussi. Certes, vous avez raison ! Sachez que je n’en manque pas toujours, mais que j’ai le tort de cibler mes sujets d’amusement. Par exemple, les Ignobels me font bien rire, parce qu’ils ne détournent aucune théorie scientifique, que les lauréats, s’ils sont moqués, le sont sans arrière-pensée, et que le farfelu de l’affaire met tout le monde à l’aise.

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Idées reçues - Communauté : Libre expression
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Mercredi 25 mars 2009

 

Les « Darwin Awards » sont des prix, décernés depuis 1993, qui récompensent les personnes qui ont risqué leur vie bêtement… et l’ont perdue tout aussi bêtement. Sous l’égide de l’humour, paraît-il. Wikipédia en donne quelques exemples : jongler avec des grenades, allumer un briquet pour éclairer l’intérieur d’un réservoir à essence. Le site « jeuneafrique.com » du 24 mars 2009 en donne un autre : suspendre des ballons gonflés à l’hélium à sa chaise et s’envoyer en l’air… bien trop haut.


Que vient faire Darwin là-dedans ? Il s’agirait officiellement d’un hommage à la théorie de l’évolution de Darwin, toujours selon Wikipédia, puisque les lauréats, morts pour la plupart, auraient soulagé le bagage génétique de la race humaine de leurs gènes, peu intéressants. Darwin n’a  pas fini d’être mal compris et de faire l’objet de dérives ! Certes, Wendy Northcutt, créatrice du prix, ne prône aucune théorie eugéniste, mais se contente de mettre en avant une sélection naturelle qui ferait bien son boulot en éliminant les idiots. Tout cela me choque pour trois raisons :



- La sélection naturelle serait une tueuse, ce qui est faux. Elle n’a pas de finalité, son influence peut être, à l’inverse, propagatrice dans la nature de comportements de solidarité qui permettent de survivre. Si la sélection naturelle permet à l’organisme le plus apte de se reproduire, elle peut aussi sélectionner un avantage culturel en lui permettant de se répandre. C’est ainsi que la sélection  a fini par isoler  et autoriser la propagation des instincts sociaux qui assuraient la survie des groupes humains. 

 
- La bêtise serait génétiquement transmissible. Le message serait donc en l’occurrence : « Sots et sottes du monde entier, éliminez vos gènes, ne contaminez pas vos descendants ! Bon débarras pour l’humanité ! » 
Cela fait froid dans le dos. Le déterminisme génétique pur et dur a de beaux jours devant lui...



- On voit toujours des idiots partout, et l'on fait mine d'ignorer que nous-mêmes nous avons certainement déjà eu un comportement complètement irréfléchi et dangereux, mais qu’on s’en est sorti parce qu’on a eu de la chance. On oublie alors très vite l’idiotie qui avait guidé notre action.  Pourtant tous logés à la même enseigne, nous sommes incapables d’être à 100% rationnels, en permanence.

 

Un grain de folie, une erreur de jugement passagère, peuvent mener chacun de nous à la mort, et savoir que le reste du monde se gaussera  en se félicitant que vos gènes débarrassent le plancher fait que je me demande où sont vraiment les idiots.

 

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Profil

  • : Agnès Lenoire
  • doutagogo
  • : sciences éducation paranormal
  • : Institutrice et directrice d'école, observatrice du ciel, membre de l'Association Française pour l'information Scientifique, membre du comité de rédaction de sa revue Science et pseudo-sciences de 2001 à 2007, rédactrice en chef en 2003.

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