2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 16:29

lune_ciel_brouillard_bleu.jpg Il est un lieu commun qui parcourt les conversations de comptoir : le peu de fiabilité des prévisions météo.  Tout le monde s’accorde là-dessus ; mais chacun, tout en sachant la déception qui en suivra, s’accroche pourtant au petit écran, TV, mobile ou ordi, pour connaître le temps demain, après-demain, et même encore plus loin. Il arrive même qu’on entende : « Ils prévoient un été de canicule », alors qu’on n’est parfois qu’au début du printemps. Notre obsession à aller chercher des informations météo aléatoires n’a d’égale que celle qui pousse à regarder son horoscope.

 

Car, à y bien regarder, les deux disciplines, météorologie et astrologie, rassemblent pas mal de points communs. On aime ça, d’abord. Les émissions météo sont celles qui ont le plus d’annonceurs parce qu’elles ont le plus de spectateurs. L’astrologie, elle, pavoise  dans toutes les émissions, même sur FR5, en s’y creusant une place de choix, sans rencontrer aucune résistance. J’en veux pour preuve l’émission C à vous de jeudi 24 décembre  où Christine Haas était reçue avec force sourires et complaisance. Il est de bon ton de prendre l’astrologie comme une pratique amusante, bien qu’elle soit, de l’avis général, imprécise, parfois fausse. Mais le bénéfice du doute lui est toujours laissé, au nom d’un ciel toujours mystérieux et inaccessible. La météorologie, elle aussi, semble décrypter un ciel toujours surprenant et incompréhensible… Et l’on supporte alors volontiers erreurs et doutes, au nom du mystère et de notre incapacité persistante.   Sauf que la météorologie est exercée par des scientifiques et que l’étude du climat  est une science. Bien, mais même si je ne rejoins pas les climato-sceptiques, je pense toutefois qu’aucune prévision fiable n’est possible sur le long terme au sujet du climat. Pour obtenir des prédictions vraies, il faudrait maîtriser tous les paramètres. Ni les climatologues ni les météorologues n’ont  cette prétention. Ce sont donc les médias qui l’ont pour eux, cette prétention, et tout ceci donne une impression de « jeux de fléchettes ».

 

La mise en scène télévisuelle de la séquence « météo » donne lieu à un rituel, comme un habillage à quelques faits célestes que l’on va interpréter. Il y a une carte géographique, immuable, stable, des masses atmosphériques mouvantes, des vents contraires, des zones de turbulence, de dépression, d’anticyclone… Heureusement, des gens très bien informés vont, parce qu’ils maîtrisent toute cette complexité, nous décrire ce qui se passera demain après-demain, dans une semaine. Et nous déverseront les conseils qui vont avec : ne prenez pas froid, restez chez vous s’il neige, ne prenez pas la route dans la tempête.

 

La mise en scène astrologique donne lieu à un rituel, comme un habillage à des faits célestes que l’on va interpréter. Il y a un thème astral, carcasse incompréhensible du grand public où naviguent des planètes, maisons, influences, constellations, conjonctions dramatiques et alignements apocalyptiques…. Heureusement des gens très bien informés vont, parce qu’ils maîtrisent toute cette complexité, nos décrire ce qui se passera demain, après-demain, dans une semaine. Et nous déverseront les conseils qui vont avec : ne vous emportez pas, soyez volontaires, patients, tolérants, prudents.

 

La démarche est donc strictement la même : notre angoisse du futur et notre désir de connaître l’avenir sont largement exploités aussi bien en astrologie qu’en météorologie télévisuelle. Je suis persuadée que les résultats du travail des météorologues sont plus sérieux et moins prétentieux que ce que les médias nous recrachent. Le conformisme est inhérent à l’astrologie, il s’empare aussi de la diffusion de la météorologie, et on le voit prendre ses aises dans un milieu très fréquenté du grand public, le meilleur endroit pour la propagande.

Petit jeu :

Voici deux phrases. Laquelle est édictée par l’astrologie, laquelle par la météorologie ?

« Ne prenez pas la route, ne sortez pas : pluie et neige arrivent »

« Une tuile peut vous tomber sur la tête, soyez prudent, ne vous jetez pas dans des situations épiques. » 

Impossible de le savoir. Les deux peuvent être entendues pendant une séquence météo, ou/et dans un horoscope.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Astrologie - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 08:28

Cette année 2009 marque l’anniversaire de la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), signée en 1989. À ce jour, dans mon école, aucune information de l’administration de l’Éducation nationale n’est parvenue. Cet anniversaire passe totalement inaperçu.  Des organisations syndicales, associatives, ainsi qu’une assurance scolaire, ont initié une opération « Vingt millions de visages pour 20 ans de droits. » L’UNICEF propose aussi un concours sur son site. Des initiatives privées ici et là verront le jour. Mais d’Éducation nationale investie et fédératrice,  point.

 

Le ministère n’oublie jamais, par contre, de nous inviter, par le vecteur de mails envoyés aux écoles, à célébrer avec nos élèves toutes les commémorations possibles et imaginables,  qu’il s’agisse d’armistice ou de résistance. Que les enfants fassent, en classe, un travail de devoir de mémoire, me paraît légitime. Mais nous sommes dans un cas de figure assez déséquilibré : les enfants sont invités à des devoirs, mais ils voient leurs droits oubliés par l'institution. La notion de « devoir » ne peut pourtant pas se séparer, dans une démocratie, de celle de « droits ». Il y a de quoi s’alarmer…

 

Qu’est-ce que cette convention ? Le 20 novembre 1989, était signé un grand document, fondateur des droits de l’enfant, la CIDE, signée et ratifiée par 192 pays (c’est-à-dire votée par un parlement qui s’engage à la mettre en œuvre). La France a été un des premiers pays à la ratifier, le 7 août 1990, et la première, en 1995, à instaurer une journée nationale des droits de l’enfant,  chaque 20  novembre. Cette journée deviendra internationale en 2000. Ni les États-Unis ni la Somalie n’ont ratifié la CIDE.

 

Cette CIDE  est un outil efficace de changement et de progrès pour les enfants de tous les pays signataires. Tous les cinq ans, chaque pays concerné est convoqué à l’ONU pour présenter son bilan quant à la réelle application du droit des enfants. En mai 2009, Nadine Morano est allée à Genève défendre le bilan quinquennal de son gouvernement. Impression mitigée de la part de l’ONU. Si, dans son compte rendu d’examen (site Korczak.fr, rubrique Actualités) du rapport remis par la France, l’ONU remarque qu’elle se classe très bien dans le domaine de la protection des enfants par rapport aux autres pays, elle note pourtant une régression de leurs droits pour ces dernières années : emprisonnement des enfants de moins de 13 ans, maintien d’enfants dans des centres de rétention, interdiction des châtiments corporels toujours pas à l’ordre du jour législatif.

 

À la suite de la comparution de chaque pays, l’ONU publie ses recommandations. Même si des recommandations n’ont pas valeur d’obligations, elles sont prises très au sérieux, car l’ONU « ne lâche pas le morceau ». On aurait pu penser que l’étau que l’État resserre sur les enfants ces dernières années allait un peu se relâcher suite à ces recommandations. Ce fut exactement le contraire : le rapport de l’ONU fut publié en juin ; et c’est environ trois mois après que l’annonce fut faite de la suppression de la Défenseure des enfants, cette institution dirigée par madame Versini depuis l’année 2000, et qui fait un travail efficace dans la diffusion, la promotion des droits de l’enfant sur le territoire, soutenue par des antennes régionales. Elle aide aussi à la défense des enfants maltraités et à la résolution des conflits parentaux. Bien sûr, elle a contesté, poliment mais fermement, le durcissement récent de l’ordonnance de 1945 pour les jeunes, et elle dénonce le maintien des enfants immigrés dans les centres de rétention. Gênante, madame Versini ?

 

Dans ce climat de défiance, voire de répression vis-à-vis des enfants, comment interpréter le silence de l’Éducation nationale sur les 20 ans de la CIDE ? Silence inquiétant, et que l’on doit remplir de nos protestations. Bon, d’accord, je suis un peu oublieuse. Un BO, celui du 12 novembre, rappelle que la CIDE peut et doit être étudiée en classe dans le cadre des programmes. Mais il nous renvoie très vite aux comités locaux de l’UNICEF pour nos démarches d’actions (l’UNICEF a signé un accord-cadre avec le gouvernement depuis 2006 dans ce sens).

 

Le vide gouvernemental qui caractérise cette commémoration est angoissant. À force de nous mettre sous pression pour toujours plus d’évaluations, de résultats calibrés, de culte du mérite, l’Éducation nationale oublie une de ses plus grandes missions : générer de grands projets pour former nos futurs citoyens, conscients de leurs devoirs et de leurs droits. Gageons que les enseignants ne seraient pas en opposition !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Éducation - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 06:15

 

La question de l’identité nationale  a fait beaucoup réagir. Le philosophe et enseignant Mathieu Potte-Bonneville répond à la proposition de M. Besson, dans Libération du 29 octobre 2009 par un « ça ne vous regarde pas ! » qui rejoint un peu ma réflexion, postée en vain sur le site, et qui affirmait que l’identité, si on tenait à l’évoquer, tenait à l’intime.

 

À chaque fois qu’on trouve une définition, une spécificité à la France, on s’aperçoit après l’avoir énoncée, qu’elle bafoue ce qu’on peut trouver hors de nos frontières et qui vaut sans doute autant que ce qu’on vit à l’intérieur. Des exemples ? Vous avez dit « tradition d’accueil ? » L’actualité ne nous valorise pas sur ce point. Vous avez dit « gastronomie » ? C’est tout à fait subjectif : d’autres pays ont des  traditions culinaires très réputées. Vous avez dit « liberté, égalité, fraternité ? » C’est sans doute chez nous que l’expression est née, mais elle souffre de grosses lacunes. Et puis, n’y aurait-il pas de la fraternité  ailleurs ? La liberté, ou du moins le désir de tendre vers une société plus libre, est un combat dans toutes les sociétés. Vous connaissez des pays où aucune résistance à l’oppression ne se produit ? Où la liberté n’est pas une valeur recherchée ? Où la fraternité serait ignorée de tous ?  Non, donc ce n’est pas une spécificité française. Nous n’avons rien de spécial. Je n’en suis même pas désolée.

 

Alors pourquoi ne pas adopter un point de vue qui admette une vision globale – on y gagnerait des valeurs communes -  en ignorant les frontières et en admettant du même coup que ce qui rassemble est universel ? Mission impossible en ces temps marqués par les reconduites à la frontière, parce que l’identité nationale qu’on nous propose a été accolée par monsieur Besson à l’« Immigration » et que cette proximité rend une position humaniste intenable. La question de l’identité nationale s’acoquine avec une politique d’exclusion et de fermeture.

 

Voici deux perspectives  très différentes, mais à mon sens toutes deux pertinentes, sur l’identité :

 

-       Le journaliste politique Jean-Michel Apathie, dans sa chronique du Grand Journal (Canal +), a dit, qu’être français , c’était « payer ses impôts en France ». Voilà qui est pragmatique, sensé, et qui nous change de la Marseillaise et du salut au drapeau !

 

-       Le président Obama, dans son livre L’audace d’espérer (éd. Points), page 70 :

 

« Il y a un télescopage, pas toujours très ordonné, mais généralement pacifique, entre les gens et les cultures. Les identités se brouillent et se reforment d’une nouvelle façon. Les convictions exprimées ne sont que rarement celles auxquelles on s’attendait. Les explications classiques sont constamment chamboulées. »

 

Que les identités se brouillent et se reforment d’une autre façon montre là encore que le paysage identitaire, figé, n’existe pas : il est intériorité, mouvance, mosaïque. Le philosophe Michel Serres, dans pratiquement tous ses essais, dit la même chose que Barak Obama, mais avec un seul mot : percolation. La percolation, c’est un brouillage pacifique quand deux cultures se chevauchent et se mélangent. Doucement, le paysage se transforme, l’appartenance se modifie, se diversifie, se colore, s’enrichit. J’aime beaucoup cette idée. Je n’aime pas l’identité nationale.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 06:23

"J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent." Cette phrase est de Claude Lévi-Strauss, Paris 2005 (blog d'Edwy Plenel).

 
M. Fillon a souhaité que le débat sur l’identité nationale entre à l’école.  Attention, danger… Cette notion très réductrice, reprise aux pires heures de notre histoire pour alimenter les haines, n’a pas sa place à l’école. Pour autant, les questions de citoyenneté doivent y être abordées et travaillées dans leur pluralité et leur extension. Les programmes sont à ce titre assez bien fourni. Ils nous permettent de réfléchir avec les élèves à une façon de conjuguer les différences dans un même pays : ces idées s’appellent « vivre ensemble », « devenir élèves », « république », « laïcité », « droits de l’homme », « CIDE ». La liste n’est pas exhaustive.

 

Le débat portant sur l’identité nationale n’est porteuse d’aucune ambition et pousse devant elle le risque d’exclusion. Elle n’a pas sa place à l’école, sauf sans doute, puisque les enfants vont en entendre parler, pour une séance de « philosophie » critique. Et dans les classes, contrairement au site internet dédié au débat, il n’y aura pas censure.

 

Les syndicats s’insurgent sur cette incursion de l’identité nationale dans l’école.

« L’identité nationale » est une notion qui crée plus de divisions que du consensus dont l’Ecole a besoin" note le Se Unsa en réponse à M. Fillon. »

 

« Si débat il doit y avoir aujourd’hui il doit d’abord porter sur le « vivre ensemble » : comment créer les conditions pour que tous ceux qui vivent en France se sentent appartenir à une même société et relever d’une même citoyenneté ?.... » précise la FSU.
.................


Illustration : Traité de morale des classes supérieures, année scolaire 1940-1941

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 09:04

Je vous avais signalé hier que j’avais été censurée par les modérateurs du site dédié au « grand débat » sur l’identité nationale. À 12h 45 ce mardi 3 novembre sur Canal +, lors de l’émission « L’édition spéciale » (partie 3), j’appris que l’équipe de journalistes de Bruce Toussaint avait fait quelques expériences de contributions sur le site. Nicolas Domenach nous a donc expliqué qu’il avait posté un message très patriote, mentionnant l’amour du drapeau, et qu’il a bien été publié. Puis il a créé un message très critique vis-à-vis de Sarkozy. Il est passé à la trappe.  Conclusion de Nicolas Domenach : il n’y pas débat, c’est une tromperie organisée.

 

Le même jour dans l’après-midi, le site Rue89 publie un article en une sur la frustration d’internautes qui ont été censurés : « Débat sur l'identité nationale : des textes d'internautes censurés ». Mon billet y figure. D’autres se sont ajoutés à la file. Le site Bellaciao le publie aussi.

 

Par la même occasion, j’ai exploré la rubrique du site dédié à l’identité nationale qui s’appelle « Modération ». La charte de modération est longue comme le bras, ce qui est révélateur de l’esprit avec lequel le projet a été mis en place. Il y a bien sûr les très classiques restrictions quant aux propos racistes ou xénophobes, mais y sont aussi en bonne place des avertissements beaucoup plus flous, qui leur permettent d’y loger une foule d’internautes :

 

--> « Les insultes, harcèlements, affirmations graves non-prouvées ou notoirement inexactes concernant les personnes ou les organisations ; tout propos à caractère révisionniste »

 

Des « affirmations graves non prouvées », ça se définit comment ? Comme bon jugera le modérateur !

Le hors-sujet est lui aussi susceptible de vous faire radier de la publication.

--> « Tout message ne relevant pas des sujets abordés par le débat »
 

Si donc vous dites que ce débat n'en est pas un, que son principe peut être ressenti comme contradictoire avec l'esprit européen, hop !, poubelle. Je pense que ma censure est entrée dans cette catégorie.

 

Et puis que penser de cette autre restriction ? :

--> «  Toute attaque personnelle à l’égard de responsables publics, pris individuellement ou collectivement »

 

Tout simplement que si le nom de Sarkozy (responsable public, n’est-ce-pas ?) apparaît dans votre message, vous êtes cuit ! Ça, c’est ce qu’on appelle du ménage !

 

De plus, la fin de la charte insiste sur le fait que si vous voulez contacter les modérateurs, il faut le faire courtoisement. Pour le cas où vous auriez envie de les insulter, eux aussi…

Mais attention, si le désir vous prend de leur écrire, vous ne les trouverez pas ! Aucun nom, aucune coordonnée présente, c’est le vide sidéral ! Vous cherchez un formulaire de contact ? Cherchez toujours, vous risquez d’y passer votre journée !

 

Ma conclusion : ce site a été soigneusement préparé pour n’accueillir que des partisans, et bloquer tous ceux qui ont le sens critique un peu trop aiguisé. Censure avec préméditation, ça risque quelle peine ?

 

 

 Dessin de José Tricot, illustrateur pour la revue de l'AFIS
Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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