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2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Lundi 9 novembre 2009

 

La question de l’identité nationale  a fait beaucoup réagir. Le philosophe et enseignant Mathieu Potte-Bonneville répond à la proposition de M. Besson, dans Libération du 29 octobre 2009 par un « ça ne vous regarde pas ! » qui rejoint un peu ma réflexion, postée en vain sur le site, et qui affirmait que l’identité, si on tenait à l’évoquer, tenait à l’intime.

 

À chaque fois qu’on trouve une définition, une spécificité à la France, on s’aperçoit après l’avoir énoncée, qu’elle bafoue ce qu’on peut trouver hors de nos frontières et qui vaut sans doute autant que ce qu’on vit à l’intérieur. Des exemples ? Vous avez dit « tradition d’accueil ? » L’actualité ne nous valorise pas sur ce point. Vous avez dit « gastronomie » ? C’est tout à fait subjectif : d’autres pays ont des  traditions culinaires très réputées. Vous avez dit « liberté, égalité, fraternité ? » C’est sans doute chez nous que l’expression est née, mais elle souffre de grosses lacunes. Et puis, n’y aurait-il pas de la fraternité  ailleurs ? La liberté, ou du moins le désir de tendre vers une société plus libre, est un combat dans toutes les sociétés. Vous connaissez des pays où aucune résistance à l’oppression ne se produit ? Où la liberté n’est pas une valeur recherchée ? Où la fraternité serait ignorée de tous ?  Non, donc ce n’est pas une spécificité française. Nous n’avons rien de spécial. Je n’en suis même pas désolée.

 

Alors pourquoi ne pas adopter un point de vue qui admette une vision globale – on y gagnerait des valeurs communes -  en ignorant les frontières et en admettant du même coup que ce qui rassemble est universel ? Mission impossible en ces temps marqués par les reconduites à la frontière, parce que l’identité nationale qu’on nous propose a été accolée par monsieur Besson à l’« Immigration » et que cette proximité rend une position humaniste intenable. La question de l’identité nationale s’acoquine avec une politique d’exclusion et de fermeture.

 

Voici deux perspectives  très différentes, mais à mon sens toutes deux pertinentes, sur l’identité :

 

-       Le journaliste politique Jean-Michel Apathie, dans sa chronique du Grand Journal (Canal +), a dit, qu’être français , c’était « payer ses impôts en France ». Voilà qui est pragmatique, sensé, et qui nous change de la Marseillaise et du salut au drapeau !

 

-       Le président Obama, dans son livre L’audace d’espérer (éd. Points), page 70 :

 

« Il y a un télescopage, pas toujours très ordonné, mais généralement pacifique, entre les gens et les cultures. Les identités se brouillent et se reforment d’une nouvelle façon. Les convictions exprimées ne sont que rarement celles auxquelles on s’attendait. Les explications classiques sont constamment chamboulées. »

 

Que les identités se brouillent et se reforment d’une autre façon montre là encore que le paysage identitaire, figé, n’existe pas : il est intériorité, mouvance, mosaïque. Le philosophe Michel Serres, dans pratiquement tous ses essais, dit la même chose que Barak Obama, mais avec un seul mot : percolation. La percolation, c’est un brouillage pacifique quand deux cultures se chevauchent et se mélangent. Doucement, le paysage se transforme, l’appartenance se modifie, se diversifie, se colore, s’enrichit. J’aime beaucoup cette idée. Je n’aime pas l’identité nationale.

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 5 novembre 2009

"J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent." Cette phrase est de Claude Lévi-Strauss, Paris 2005 (blog d'Edwy Plenel).

 
M. Fillon a souhaité que le débat sur l’identité nationale entre à l’école.  Attention, danger… Cette notion très réductrice, reprise aux pires heures de notre histoire pour alimenter les haines, n’a pas sa place à l’école. Pour autant, les questions de citoyenneté doivent y être abordées et travaillées dans leur pluralité et leur extension. Les programmes sont à ce titre assez bien fourni. Ils nous permettent de réfléchir avec les élèves à une façon de conjuguer les différences dans un même pays : ces idées s’appellent « vivre ensemble », « devenir élèves », « république », « laïcité », « droits de l’homme », « CIDE ». La liste n’est pas exhaustive.

 

Le débat portant sur l’identité nationale n’est porteuse d’aucune ambition et pousse devant elle le risque d’exclusion. Elle n’a pas sa place à l’école, sauf sans doute, puisque les enfants vont en entendre parler, pour une séance de « philosophie » critique. Et dans les classes, contrairement au site internet dédié au débat, il n’y aura pas censure.

 

Les syndicats s’insurgent sur cette incursion de l’identité nationale dans l’école.

« L’identité nationale » est une notion qui crée plus de divisions que du consensus dont l’Ecole a besoin" note le Se Unsa en réponse à M. Fillon. »

 

« Si débat il doit y avoir aujourd’hui il doit d’abord porter sur le « vivre ensemble » : comment créer les conditions pour que tous ceux qui vivent en France se sentent appartenir à une même société et relever d’une même citoyenneté ?.... » précise la FSU.
.................


Illustration : Traité de morale des classes supérieures, année scolaire 1940-1941

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 4 novembre 2009

Je vous avais signalé hier que j’avais été censurée par les modérateurs du site dédié au « grand débat » sur l’identité nationale. À 12h 45 ce mardi 3 novembre sur Canal +, lors de l’émission « L’édition spéciale » (partie 3), j’appris que l’équipe de journalistes de Bruce Toussaint avait fait quelques expériences de contributions sur le site. Nicolas Domenach nous a donc expliqué qu’il avait posté un message très patriote, mentionnant l’amour du drapeau, et qu’il a bien été publié. Puis il a créé un message très critique vis-à-vis de Sarkozy. Il est passé à la trappe.  Conclusion de Nicolas Domenach : il n’y pas débat, c’est une tromperie organisée.

 

Le même jour dans l’après-midi, le site Rue89 publie un article en une sur la frustration d’internautes qui ont été censurés : « Débat sur l'identité nationale : des textes d'internautes censurés ». Mon billet y figure. D’autres se sont ajoutés à la file. Le site Bellaciao le publie aussi.

 

Par la même occasion, j’ai exploré la rubrique du site dédié à l’identité nationale qui s’appelle « Modération ». La charte de modération est longue comme le bras, ce qui est révélateur de l’esprit avec lequel le projet a été mis en place. Il y a bien sûr les très classiques restrictions quant aux propos racistes ou xénophobes, mais y sont aussi en bonne place des avertissements beaucoup plus flous, qui leur permettent d’y loger une foule d’internautes :

 

--> « Les insultes, harcèlements, affirmations graves non-prouvées ou notoirement inexactes concernant les personnes ou les organisations ; tout propos à caractère révisionniste »

 

Des « affirmations graves non prouvées », ça se définit comment ? Comme bon jugera le modérateur !

Le hors-sujet est lui aussi susceptible de vous faire radier de la publication.

--> « Tout message ne relevant pas des sujets abordés par le débat »
 

Si donc vous dites que ce débat n'en est pas un, que son principe peut être ressenti comme contradictoire avec l'esprit européen, hop !, poubelle. Je pense que ma censure est entrée dans cette catégorie.

 

Et puis que penser de cette autre restriction ? :

--> «  Toute attaque personnelle à l’égard de responsables publics, pris individuellement ou collectivement »

 

Tout simplement que si le nom de Sarkozy (responsable public, n’est-ce-pas ?) apparaît dans votre message, vous êtes cuit ! Ça, c’est ce qu’on appelle du ménage !

 

De plus, la fin de la charte insiste sur le fait que si vous voulez contacter les modérateurs, il faut le faire courtoisement. Pour le cas où vous auriez envie de les insulter, eux aussi…

Mais attention, si le désir vous prend de leur écrire, vous ne les trouverez pas ! Aucun nom, aucune coordonnée présente, c’est le vide sidéral ! Vous cherchez un formulaire de contact ? Cherchez toujours, vous risquez d’y passer votre journée !

 

Ma conclusion : ce site a été soigneusement préparé pour n’accueillir que des partisans, et bloquer tous ceux qui ont le sens critique un peu trop aiguisé. Censure avec préméditation, ça risque quelle peine ?

 

 

 Dessin de José Tricot, illustrateur pour la revue de l'AFIS
Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 3 novembre 2009

Un peu méfiante mais toutefois  curieuse d’expérimenter cette initiative-là, je me suis lancée sur le site dédié au débat sur l’identité nationale pour y apporter ma pierre. J’ai écrit ce que je pensais spontanément, sans chercher à déguiser ma pensée : franche et critique, mais ni agressive ni insultante.

 

J’ai coché la case « j’accepte de rendre publique ma contribution » puisque cela correspondait à mon désir de débat - et non de confidences.

 

Envoyée à 9h 30 ce 3 octobre, elle n’a pas été publiée. J’ai dû faire « l’objet d’une modération », car les contributions du 3 octobre qu’on peut lire chronologiquement, de 00h jusqu’à midi ne font pas figurer la mienne.

 

Heureusement, j’avais pris mes précautions pour que mes cinq petites phrases ne soient pas perdues à jamais.  Car à la lecture des contributions déjà publiées ce 3 octobre, je m’étais vite aperçue que tout propos d’opposition forte était écarté. Tout y est aseptisé : les contributeurs souhaitent que l’identité nationale nous ramène à plus d’obéissance aux lois, d’autres nous exhortent à retrouver la notion de devoir ; un autre a l’audace de conseiller timidement aux politiques de montrer l’exemple, enfin un seul évoque très frileusement l’Europe, au détour d’une phrase. Mais on n’y trouve aucune remise en cause de la notion même de l’identité nationale, notion qui appartient pourtant au nationalisme.

 

J’y avais vu aussi la mention « les contributions font l’objet d’une modération ». Alors, soigneusement, j’avais fait un copier-coller dans un fichier de traitement de texte et hop !,  enregistrement de cette trace sur le disque dur, au cas où… 

 

J’ai bien fait ! Ma contribution n’a pas été publiée. Il s'agit donc d'un débat truqué, qui ne respecte aucunement la liberté d'expression, et qui révèle ainsi son statut de  propagande. 

 

La voici donc, comme envoyée sur le site du Grand Débat, et censurée :

 

Bonjour,

Réfléchir à une identité nationale hypothétique, c'est faire le lit du nationalisme, en douceur, l'air de rien. Notre identité est toute personnelle, toute intérieure, et si elle devait s'apparenter à autre chose qu'à l'intime, ce serait à l'Europe. Ce débat-là s'oppose à l'idée de l'Europe qu'on a essayé de faire passer au moment de voter sa constitution. Maintenant que c'est acquis, on nous organise un joli petit repli sur nous-mêmes. On n'est plus à une contradiction près dans ce pays.

Cordialement

Agnès

 

Par Agnès Lenoire - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Lundi 19 octobre 2009

Hier je publiais sur ce blog un billet vous annonçant la fin du monde par collision avec la Lune en 2012, photo à l’appui pour prouver que la Lune s’approchait tant de la Terre que les avions pouvaient passer derrière ! J’ai essayé d’utiliser le vocabulaire des tenants du complot, de l’apocalypse, de l’opacité des projets gouvernementaux. Un argumentaire classique digne d’une illuminée !

 

Ce billet était un canular, bien entendu. Les habitués de mon blog ont dû s’en douter, j’en suis persuadée. Mais il reste que cette photo amusante est une belle illusion d’optique et qu’elle démontre combien nos sens, déconnectés de la raison, sont soumis à l’erreur. La photo, comme je l’avais écrit, n’était ni truquée ni même retouchée, je le confirme (cette partie du billet n’était pas un canular !). Simplement, la traînée de l’avion étant blanche, elle s’est superposée à la Lune, blanche elle aussi. Le tour était joué. Sur un site voué au paranormal, elle aurait eu un succès fou !

 

Ce mercredi 7 octobre au matin, j’avais installé mon appareil-photo sur un pied devant la fenêtre ouverte de ma cuisine, qui donne sur l’ouest, guettant la descente de la Lune derrière le massif des Aravis. Je l’ai prise quasiment en rafales, jusqu’à sa disparition totale. Au cours de mes nombreux clichés, celui-ci est donc un hasard, joli hasard. Le hasard est farfelu parfois…

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Canulars - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Profil

  • : Agnès Lenoire
  • doutagogo
  • : sciences éducation paranormal
  • : Institutrice et directrice d'école, observatrice du ciel, membre de l'Association Française pour l'information Scientifique, membre du comité de rédaction de sa revue Science et pseudo-sciences de 2001 à 2007, rédactrice en chef en 2003.

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