2009, année Darwin

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. »
Extrait de L'autobiographie, Charles Darwin, page 83.

 

Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /2010 14:02

Tracy Chevalier

Prodigieuses créatures

Éditions Quai Voltaire/La table ronde, 2010.

376 pages, 25 euros.

 

Les prodigieuses créatures, le centre de ce récit, objets de toutes les attentions, mercantiles et scientifiques, ce sont les fossiles. Nous sommes dans le sud de l’Angleterre, à Lyme Regis, au tout début des années 1800. Mary Anning, petite déjà, ramassait des ammonites avec son père sur l’immense plage de cette région du Dorset. Le père, menuisier endetté, tentait d’arrondir ses faibles revenus en les vendant aux touristes. Quand le père décéda, la famille se retrouva  dans la misère, avec pour toute perspective l'hospice des pauvres. La petite Mary, à la fois en souvenir de son père et par nécessité, redoubla donc d’activité sur la plage afin de vendre toujours plus de fossiles. Son œil s’aiguisa, et avec le petit marteau que lui avait offert son père, et qui ne la quittera plus, elle dégagera toujours plus de fossiles.  Un jour, elle deviendra célèbre, mais avant d’en arriver à cetProdigieuseste notoriété, il faudra l’aide énergique d’une femme.

 

Cette femme, ce sera Élisabeth Philpot, une londonienne venue s’installer à Lyme pour des raisons familiales, de 20 ans son aînée, vieille fille, et amateure passionnée de fossiles. Mary et Élisabeth, toutes deux chasseuses de fossiles, se rencontrent logiquement sur la plage alors que Mary n’a que douze ans et montre déjà de grandes compétences : œil de lynx, connaissance du milieu, précision du geste, amour du travail bien fait, patience  à toute épreuve. Élisabeth est impressionnée et guide Mary vers la théorie. Grâce à elle, Mary lira les ouvrages de Cuvier et de Lyell. Le duo fonctionne à merveille, leur passion les liant irrémédiablement. Elisabeth est une férue de poissons-fossiles. Étant d’un rang social plus élevé que Mary, Élisabeth n’est pas obligée de vendre ses récoltes pour vivre. Elle les étudie, les classe, les expose chez elle, écrit aux scientifiques. Les plus grands de l’époque viendront les examiner.  

 

Quand Mary  détecte et dégage sa première tête d’ichtiosaure, elle pense, comme tout le monde dans sa petite ville, qu’il s’agit d’un crocodile. Elle n’aura de cesse de trouver le reste du corps et de le reconstituer soigneusement. Mary découvrira aussi plusieurs plésiosaures, ainsi que le premier ptérodactyle trouvé hors d’Allemagne. Élisabeth et elle se poseront des questions sur la nature de ces bêtes. Élisabeth explique à Mary, ainsi qu’au curé de la paroisse, que ces créatures n’existent plus et que c’est la preuve qu’une disparition d’espèces est possible, que tout n’est pas fixé. Mais le sujet est proprement écarté, pas seulement par le curé, mais aussi par les habitants, et s’il n’est pas écarté, il est renvoyé aux versets bibliques. L’auteure montre bien le tabou que représente à cette époque l’idée de changement dans la nature, et combien il était dérangeant et imprudent de remettre la religion en question.

 

Mary Anning, rendue vulnérable et timide par la pauvreté,  se voyant interdire tout accès à la « bonne » société, se fera voler ses découvertes par des collectionneurs peu scrupuleux. Les collections sont alors très en vogue et les acheteurs sont souvent plus vaniteux que connaisseurs. C’est Élisabeth qui livrera une bataille acharnée en faveur de Mary, se déplaçant jusqu’à Londres, et faisant le siège de la Geological Society, interdite aux femmes, pour faire entendre la vérité, et convaincre ses membres du sérieux de la jeune découvreuse.

 

Tracy Chevalier a brossé le portrait touchant d’une belle amitié, scellée par la science et le besoin de vérité et de reconnaissance. En postface, elle explique quelle fut la part romancée : la rumeur qui a couru sur une liaison de Mary est devenue fait réel sous la plume de l’écrivaine. Le reste est historique.

 

À Lyme, un musée « Élisabeth Philpot » a été bâti à l’emplacement même de la maison où est née et a grandi Mary Anning. Les ichtyosaures et plésiosaures de Mary sont au Museum d’Histoire Naturelle de Londres.

Agnès Lenoire

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Dimanche 27 juin 2010 7 27 /06 /2010 09:19

http://www.arretsurimages.net/media/article/s32/id3124/original.27958.320x240.pngFidèle auditrice de France Inter depuis l’élection de Sarkozy  (mon téléviseur a rendu l’âme le lendemain de son élection !), je suis catastrophée par l’éviction des deux libres-penseurs qui faisaient la joie de mes  petits matins pas forcément enthousiastes. Il m’arrivait de retarder de quelques minutes mon départ pour l’école afin d’écouter Porte ou Guillon, préférant les entendre en direct plutôt qu’en visionnage différé sur le site. J’ai bien sûr suivi les affres de leur agonie, au fil des chroniques et des réactions outrées des bien-pensants : S. Guillon et sa chronique très brillante sur Besson « taupe du FN », puis D. Porte et l’invitation -qu’il adresse à Villepin – « d’enculer Sarkozy ».

 

La première chronique, celle de Guillon,  m’avait laissée admirative. Effectivement, le comportement de Besson, bien décrypté par l’humoriste, donnait cette impression d’espionner et d’agir pour le compte des Le Pen, sans compter que le retournement de veste qu’il a opéré contre son parti en 2007 ne plaidait pas en sa faveur…. Bonne chronique, donc, mais pas rigolote par contre. Avant de partir travailler, ça fait froid dans le dos.

 

Et c’est sans doute ce qui lui a valu la polémique qui a suivi, avec un déluge de reproches concernant... l’attaque au physique !  Besson avec une tête de fouine, ça, c’est insupportable ! En fait, rien de tout cela n’est sérieux. Ce qui a fait frémir en haut-lieu, c’est l’éventualité évoquée par Guillon d’un ministère infiltré.  A mon avis, dès la fin de cette chronique, Guillon était déjà grillé.

 

Car l’attaque au physique est tout de même un droit de tous les comiques. Souvenez-vous, pour les plus âgés d’entre vous, du « Bébêtes show », ancêtre des Guignols, avec chaque ministre  en animal (Mitterand en grenouille).  Il faut être un gosse dans une cour de récré pour venir se plaindre qu’on s’est moqué pour un nez long ou un menton fuyant. Mais il est vrai que ce gouvernement prend souvent l’allure d’une cour de récréation, fréquentée d’une multitude de sales gosses qui harcèlent, moralisent mais mentent,  et jouent en permanence à faire-semblant.

 

La chronique de D. Porte avec le fameux « j’encule Sarkozy » par contre, n’est guère défendable. L’incitation lancée à Villepin à enculer le président n’avait guère de sens et sa répétition  était pénible. Mais une chronique ratée n’est qu’une chronique ratée. Il suffisait de le lui dire. Il admet lui-même, sur le site Arrêts sur images de Daniel Schneidermann, que cette chronique n’était pas sa meilleure. Cela ne valait à mes yeux ni l’avertissement  qu’il a reçu de Philippe Val, encore moins son licenciement des ondes. Car on n’avait rien à lui reprocher sur la tranche horaire du Fou du roi. Mais il a été viré des deux émissions.

 

Il y a donc une coalition contre la liberté d’expression dans ce pays, une pression politique insupportable. L’émission Esprit critique  disparaît,  Et pourtant elle tourne  aussi. Une catastrophe pour l’esprit critique et la culture. J’espère que Daniel Mermet va garder son émission Là-bas si j’y suis, reléguée l’an dernier  sur une plage horaire censée être moins écoutée.

 

À la rentrée je n’écouterai plus La matinale. Je me suis abonnée au site « Arrêts sur images », où je retrouverai Didier Porte chaque jeudi pour une chronique de 5 minutes à 7h 53. La radio de service public suit le chemin de la télé. C’est un naufrage.

 

Photo Didier Porte prise sur le site Arrêts sur images

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Démocratoc - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /2010 07:09

Morale-iconographie.JPG

Yann Arthus Bertrand incarne à lui tout seul le grand business écolo dans toutes ses dimensions contradictoires. Pendant 10 ans, il a suivi le Paris-Dakar du haut d’un hélicoptère, qui, on le sait, est un engin très économe en énergie et très écolo. Profession oblige, il lui fallait de la hauteur pour « shooter » les engins qui vrombissaient sous son objectif. Tant pis si cette course insensée et intrusive pollue et tue.

 

Puis ce fut, toujours du haut de son hélice, les séries de photos « vues  du ciel »  pour populariser la beauté du monde dans ses livres. Très vite, YAB a fait la morale à tout le monde. Mais il a rencontré des rebelles, qui l’ont mis en face de ses contradictions : je pollue, je ne suis pas coupable ; vous polluez, vous êtes coupable.  Quelque chose ne colle pas. Sans compter que, non content de donner le mauvais exemple, il fait financer son film « Home » par de gros pollueurs : Pinault, à la tête du Printemps, La Redoute, la Fnac, Conforama, qui  eux aussi sillonnent le monde. En camions électriques ?

 

Alors YAB a eu une idée : je pollue, mais je compense. L’idée est vraiment géniale puisqu’elle n’empêche pas le quidam de voyager comme bon lui semble, mais le déculpabilise en finançant par ailleurs un projet pour les pays défavorisés.  Pour ce faire, il a créé une fondation, Good Planet, très vite reconnue d’utilité publique, laquelle recueille vos sous (85 euros si vous faites Paris-Tokyo) quand vous commettez le forfait de prendre l’avion. Vous allez polluer, certes, mais vous savez qu’ailleurs, en particulier dans les pays en difficulté énergétique, il y aura par exemple…. une nouvelle façon de cuire les aliments en Inde, avec de la bouse de vache (au lieu de bousiller leurs forêts !). On n'arrête pas le progrès.

 

Comme moi, vous pouvez donc constater que rien ne change : les pays riches et pollueurs pourront toujours émettre leurs gaz, ils auront juste à payer un peu plus,  et les autres recevront une obole pour être maintenus dans la dépendance énergétique, ou se débrouiller avec leur bouse. Philosophie signée YAB.


Source des infos : Les profiteurs du bizness écolo - Les dossiers du Canard enchaîné d'avril 2010

Par Agnès Lenoire - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /2010 07:23

Deux études, l’une canadienne, l’autre danoise, viennent de renforcer les soupçons de dangerosité des pesticides sur les êtres humains, en particulier les enfants.

 

La première fait un lien entre trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) et exposition aux pesticides des enfants. Menée par Maryse Bouchard, chercheuse au Département de Santé Environnementale et Santé du Travail de l’Université de Montréal, elle a consisté à mesurer les concentrations de pesticides dans les échantillons d’urine de 1139 enfants de 8 à 15 ans représentatifs de la population américaine. Une partie avait été médicalement diagnostiquée comme « hyperactifs ». Leurs urines présentaient  des concentrations de pesticides importantes. Ses conclusions sont que l’exposition aux organosphosphorés, substances présentes dans les pesticides, induirait des effets sur le système nerveux, en développement pendant l’enfance, et donc sensible.

Des déficits cognitifs et de l’hyperactivité après exposition aux organophosphorés avaient déjà été démontrés chez les animaux. Maryse Bouchard précise que des prélèvements d’urine sur une durée plus longue vont être entrepris afin de mieux cerner la récurrence de l’exposition et détecter la période de développement la plus critique.

 

pers55.JPG La seconde est danoise et a été menée en Équateur, par Philippe Grandjean, de l’Université du Sud-Danemark, dans une région où la population travaille dans les roseraies, fortement traitées aux pesticides. 84 enfants entre 6 et 8 ans ont été suivis dans une école de la ville, dont les parents travaillent en roseraies, et où les mamans avaient travaillé pendant leur grossesse.  Leurs constats sont :

Les conditions d’usage des pesticides sont bien plus risquées en Équateur que dans les pays européens, parce que leur utilisation par les ouvriers se fait souvent sans protection, que certains de ces pesticides sont plus nocifs que les autres et sont interdits chez nous.

 

Il n’est pas question pour moi de déduire de ces infos que les pesticides sont la cause de l’hyperactivité ou du retard de développement de tous les enfants. Beaucoup d’autres causes peuvent intervenir dans l’apparition des troubles du développement. Il n’empêche que l’exposition aux pesticides est  toxique et que l’on pourrait au moins s’y intéresser de plus près quand il s’agit de la santé de nos enfants. Par exemple, il serait bon que l’union européenne revienne sur la toxicité de certains d’entre eux, qui ne sont plus soumis à aucune étude parce qu’ils sont autorisés sur le sol européen. Comme si la messe était dite.

 

Philippe Grandjean espère que l’étude qu’il a faite en Équateur permettra à l’Europe de changer d’avis sur ce point et de relancer des études.

 

Sources :

Bulletin Électronique Canada :

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/63520.htm

Bulletin Électronique Danemark :

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/63584.htm

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /2010 17:09

 

En 2004, Bernard Accoyer avait fait voter une loi pour légiférer la profession de psychothérapeute. Non  règlementée, cette profession permettait en effet à n’importe qui  d’ouvrir un cabinet de psychanalyse. Il aura donc fallu 6 ans pour que le décret voie le jour. Qu’est-ce-qui va changer ? Et bien, seuls les psychiatres sont dispensés de formation. Tous les autres, freudiens nostalgiques, patients mal remis de leur analyse, devront suivre 400 h de formation théorique, et faire un stage pratique de 5 mois avant d’être psychothérapeute.


Il est donc fini l’âge d’or où, par désir de récupérer beaucoup d’argent envolé, par vengeance,  ou mimétisme - qui sait ?, un ex-patient qui avait passé de longues années sur un divan passait à l’acte en accrochant lui-même  sa plaque au fronton d’un cabinet.

 

Les freudiens vont crier au scandale, sans nul doute, choqués de ne plus pouvoir extorquer des fortunes en laissant flotter leur attentation. La  rêvasserie déguisée en écoute, le petit nuage rose, c'est fini, il va falloir bosser maintenant.  Non mais....

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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