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Questions douteuses ?

Au fil du doute s'agitent les questions. Au fil des questions s'accroît le doute.
Samedi 10 mai 2008

Le GEIPAN a pris en main une affaire d’ovnis qui a eu lieu en Vendée le 3 mai 2008 au soir. Elle est rapportée par le journal Ouest France. Deux personnes ont vu de petites boules lumineuses à peine plus grosses que des étoiles circuler dans le ciel de l’île d’Yeu, sans bruit et sans autre symptôme visuel. Le phénomène s’est déroulé en soirée, à 22h. Cela ressemble étrangement à une observation d’étoiles filantes, non mentionnées dans l’article de Ouest France. Par contre l’article précise que les deux observateurs sont tous deux pilotes d’avions privés, technique classique utilisée pour bien convaincre le lecteur qu’un tel titre les met  automatiquement à l’abri de l’illusion ou de l’ignorance, ce dont je doute.

A première vue, il n’y a pas à cette époque d’essaim d’étoiles filantes très connu. Le grand public ignore très souvent que les étoiles filantes ne se manifestent pas que pendant le seul mois d’août (les Perséides), mais que d’autres essaims nous livrent leurs étincelles à tout moment de l’année. Ils sont d'ailleurs si nombreux qu'on ne peut les retenir tous. Quelques recherches s’imposaient… Il se  trouve qu’un petit essaim,celui des Eta Lyrides, est observé au mois de mai depuis quelques années seulement, qu’il est associé à une comète qui est passée en 1983, et que ses traces peuvent être vues entre le 3 et le 12 mai, en début de soirée. Les Eta Lyrides ont une vitesse de pénétration dans l’atmosphère de 44 km/s, et sont au nombre moyen de 3 par heure. Ce 3 mai, la Lune est éclairée à 9%, est décroissante - se lève le matin et se couche l’après-midi -  n’est donc pas visible à 22h, heure d’observation des ovnis. Elle  ne peut provoquer aucune perturbation, et cette absence favorise l’observation de phénomènes peu lumineux. L’hypothèse  que ces personnes aient vu des Eta Lyrides est parfaitement plausible et à retenir. La date (correspondant au début de la période d’activité de l’essaim), l’heure (correspondant à celle du lever du radiant, la Lyre), l’aspect (à peine plus gros qu’une étoile) rendent l’hypothèse plutôt fiable, même si l’absence de traînée ne fait pas penser à une étoile filante.  Ces étoiles filantes étant encore peu connues, elles méritent sans doute  d’être mieux cernées et nos deux observateurs vendéens ont peut-être été témoins d’une manifestation encore inédite de ces Lyrides. Les astronomes ont d’ailleurs besoin de ces observations pour établir des statistiques sur de longues périodes et prévoir les conditions des prochaines manifestations.  L’hypothèse des Eta Lyrides a l’avantage, en plus de sa plausibilité, d’être économique, parce qu’elle évite les détours par l’irrationnel et les biais cognitifs. Souhaitons que le GEIPAN y pense et la prenne en compte.

par Agnès Lenoire publié dans : Ufologie communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 6 mai 2008

... et autres histoires naturelles

Jean Deutsch

Éditions du Seuil – collection Science ouverte, 2007.

 

« L’évolution n’est pas un phénomène extrêmement lent, qui ne peut s’observer que sur des périodes géologiques de millions d’années. Elle existe, elle est là, elle se passe sous nos yeux. »  Conclusion du chapitre « Le crapaud qui voulait se faire aussi gros que Darwin. »

Le titre m’avait intriguée - et alléchée : j’avais l’impression d’être devant un ouvrage de Stephen Jay Gould, lui qui racontait à son lecteur des histoires naturelles passionnantes, et vous menait, l’air de rien, à la compréhension du vivant. Je ne fus pas déçue. Dès l’ouverture du livre, en épigraphe, l’auteur cite S. J. Gould, donnant ainsi  le ton à tout ce qui va suivre. Jean Deutsch est bien de la même veine  : un conteur savant, historien  et pédagogue.  Comme Gould, Jean Deutsch  attache de l’importance à l’histoire des sciences, la décortique pour mieux comprendre les enjeux dont la science a fait l’objet. Sa narration ne procède pas de l’anecdote ; elle mène toujours à une réflexion de fond sur l’évolution de sa discipline. Avec des histoires, parmi les douze  contenues dans l’ouvrage, comme « histoire des fourmis sans reine » ou « histoire des oiseaux qui volaient avec des branchies » ou encore « histoire des mouches qui naissent de la rosée », l’auteur pique notre curiosité et  parvient à nous faire comprendre des notions plutôt difficiles pour le néophyte. Comme par exemple cette nouvelle discipline appelée évo-dévo, particulièrement appréciée de notre auteur pour son efficacité, qui relie les mécanismes du développement à ceux de l’évolution (d’où son nom) pour mieux décrypter les méandres qu’emprunte le vivant, ou encore le gradualisme de Darwin, la théorie des équilibres ponctués, l’exaptation, l’homologie, et bien d’autres concepts-clés de la biologie moderne.  Le propos est parfois ardu, mais tout l’art du pédagogue qu’est Jean Deutsch va résider dans la façon qu’il a de mettre la barre intellectuelle assez haute, sans qu’elle soit jamais inaccessible au lecteur motivé.  Le tout est infiniment vivant, chatoyant, plaisant… et instructif !

par Agnès Lenoire publié dans : Notes de lecture communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Dimanche 4 mai 2008

Alain de Chivré, directeur de l’institut d’études astrologiques (IEA) proteste, sur le site diffusez.com, de la nouvelle nomenclature de l’INSEE concernant l’astrologie. Elle est en effet à présent classée comme une activité spirite. Alain de Chivré accuse la profession tout entière de l’avoir bien cherché. Les astrologues n’ont pas fini de batailler entre eux ! D'après lui en effet, des astrologues seraient  peu scrupuleux, se comporteraient en charlatans,  prêtant alors le flanc aux accusations de supercherie. D’où le classement en spiritisme, cette vilaine discipline de sorcellerie…. Désolant, selon monsieur de Chivré.

Pourtant, être classé « spirite » n’équivaut pas au charlatanisme ni à la supercherie. Ce qui caractérise le charlatanisme, c’est l’intention de tromper.  Or un spirite, comme un astrologue, peut très bien être sincère, donc pas charlatan, même si la tentation doit être grande dans ces deux activités !

Ce qui, par contre, caractérise à coup sûr l’astrologie comme le spiritisme, c’est leur revendication de l’existence de phénomènes assez extraordinaires et l’absence de preuves pouvant les soutenir. Leurs défauts à toutes deux ? :  se répandre dans les esprits par leur volonté  de se couler dans l’émotion  et mobiliser les médias de façon efficace. Sur le fond, elles sont donc semblables, seule la forme diffère.

L’astrologie et le spiritisme main dans la main, voilà un duo qui va très bien ensemble, ce qui n’a pas échappé à l’INSEE.

 

par Agnès Lenoire publié dans : Astrologie communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 15 avril 2008

Au XVIIIe siècle, en biologie, la théorie de la génération spontanée avait le vent en poupe. Elle stipulait que les êtres vivants microscopiques découverts grâce aux instruments de Leeuwenhoek pouvaient naître spontanément de la matière, pourvu que les circonstances y fussent favorables. L’idée était d’autant mieux acceptée que le concept d’ « élan vital » était bien présent à cette époque.   Le comte de Buffon défendait la génération spontanée parce qu’elle ne lui semblait pas incompatible avec les « animalcules » qui grouillaient sous la lentille des premiers microscopes. Pour Buffon, la mort ne détruisait pas complètement les êtres. Ils étaient « décomposés », c’est-à-dire dispersés ; rien n’empêchait alors que dans un contexte approprié, ces êtres puissent se recomposer en un animal rudimentaire.

 

Needham, un religieux irlandais,  mit au point en 1750 une expérience qui abondait dans le sens de Buffon. Du jus de mouton fut enfermé dans un flacon et placé dans de la cendre chaude le temps  de cuire un œuf. A son ouverture, un grouillement d’animalcules fut constaté, à la grande satisfaction des  partisans de la génération spontanée. Mais des voix s’élevaient contre cette théorie, et parmi elles celle de Spallanzani, religieux aussi, qui proposa de refaire l’expérience en 1765, en prenant garde de suivre un protocole plus rigoureux : faire bouillir différents flacons pendant trois-quarts d’heure  en les bouchant hermétiquement. D’autres flacons furent mis en expérimentation dans un second lot  dans les conditions de Needham. A leur ouverture, on ne trouva bien sûr aucun « animalcule » dans les flacons stérilisés et bien bouchés, mais on en trouva en pagaille dans ceux non suffisamment chauffés et mal fermés. Le résultat était probant, mais il ne démontrait que l’inexistence des animalcules dans un lieu très chauffé. Cette expérience ne parviendra pas, par incomplétude,   à abattre la théorie de la génération spontanée. Que l’air soit rempli de ces petites bêtes était surréaliste à l’époque, même aux yeux des savants. L’expérience de Spallanzani ne sera pourtant pas vaine puisqu’elle sera à l’origine de l’appertisation. Elle a en effet donné l’idée à Nicolas Appert de créer le procédé de mise en conserves.

Pasteur reprendra l’expérience de Spallanzani en 1864 en la perfectionnant, et en affinant son protocole : afin de prouver la contamination,  preuve par l’existence - et non par l’absence comme chez Spallanzani, il fallait que les deux lots de flacons ne présentent qu’une seule différence de traitement. Elle concernera l’ouverture du flacon : Pasteur invente alors les becs à col de cygne qui laissent tout juste passer l’air. Le second lot est constitué de flacons à cols ordinaires, ouverts. Le chauffage des flacons sera le même dans les deux lots. Le premier lot de flacons à cols de cygne, non contaminé par les particules aériennes, reste clair très longtemps. Le second lot, lui, contient très vite des animalcules et se trouble. La démonstration fut une démonstration positive, fondée sur l’existence d’une contamination.

On peut y voir une belle expérience de zététique. On connaît le succès des conséquences de cette expérience dans le domaine de la  prophylaxie.

Infos historiques  tirées du livre : Jean Deutsch – Le ver qui prenait l’escargot comme taxi – Seuil
Illustration : Lazarro Spallanzani sur le site Medarus

par Agnès Lenoire publié dans : Zététique
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Mercredi 9 avril 2008

 

Un principe zététique (pratique du doute et de la méthodologie scientifique dans l’analyse de phénomènes paranormaux) énonce qu’on ne peut démontrer l’inexistence d’un phénomène extraordinaire. On peut énumérer des indices forts de non plausibilité, mais guère plus. Il en découle naturellement qu’il revient à ceux qui affirment des choses hors du commun de prouver qu’elles existent bien. Par  exemple : il ne revient pas à un sceptique de démontrer que les extraterrestres ne sont pas parmi nous, une absence ne se prouvant pas, mais il revient par contre aux défenseurs de la réalité de ce phénomène de prouver ce qu’ils avancent.  Ce principe zététique fait partie de la démarche scientifique, et elle est utilisée par bon nombre d’entre eux pour valider leurs découvertes, même si les savants ne pensent pas à le formaliser. La zététique est en cela un outil précieux, puisqu’elle permet de prendre conscience d’une démarche la plupart du temps inconsciente (« inconsciente » est ici pris dans le sens des cognitivistes, c’est-à-dire devenue un « automatisme »)  de l’esprit humain. Sauf que, devenu automatique, ce système de pensée tombe aux oubliettes. Il faut une confrontation avec l’irrationnel pour soudain se souvenir que les outils intellectuels sont bien à notre portée, et qu’il faut les utiliser et les promouvoir si on veut s’assurer un accès au réel.  Le même phénomène se produit en éducation. Quand tout fonctionne bien chez l’enfant, on perçoit mal comment il apprend, quels sont ses outils et son cheminement. Tout devient « automatique ». Ce n’est que quand un enfant est en difficulté et qu’on l’aide à décrypter les obstacles qu’il doit surmonter qu’apparaissent clairement la démarche opérée par son cerveau et les différentes étapes nécessaires. L’aide à l’enfant en difficulté aide à comprendre aussi l’enfant en réussite…

La zététique est donc aussi un dispositif qui aide à décrypter les difficultés  qu’éprouvent les croyants à cerner le réel. Elle aide à comprendre la personne en délicatesse avec le rationnel, et en même temps à comprendre le parcours, les jalons, les limites de tout un chacun.
Dans un prochain billet, je vous présenterai un exemple de zététique  appliquée à la démonstration de l’existence de la contamination en biologie par Pasteur en 1864, alors que la démonstration de l’inexistence de la génération spontanée avait échoué au XVIIIe siècle.

  Dessin de José Tricot.

par Agnès Lenoire publié dans : Zététique
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Profil

  • : Agnès Lenoire
  • doutagogo
  • : Institutrice et directrice d'école, observatrice du ciel, membre de l'Association Française pour l'information Scientifique, membre du comité de rédaction de sa revue Science et pseudo-sciences de 2001 à 2007, rédactrice en chef en 2003.

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